mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105191 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mai 2021 et le 19 septembre 2023, la commune de Machecoul-Saint-Même, représentée par Me Naux, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement Me Delaere, ès qualités de liquidateur de la société Seribat Construction et la société Lefloch et Associés à lui verser la somme de 257 785,98 euros, outre les intérêts de droit avec anatocisme ;
2°) de condamner solidairement Me Delaere, ès qualités de liquidateur de la société Seribat Construction et la société Lefloch et Associés à lui verser la somme de 39 712,70 euros ;
3°) de condamner solidairement Me Delaere, ès qualités de liquidateur de la société la société Seribat Construction et la société Lefloch et Associés à lui verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Machecoul-Saint-Même soutient que :
- les conditions d'engagement de la responsabilité décennale sont réunies, ainsi que l'a jugé le tribunal dans son jugement n° 1600080 du 24 juillet 2018 ;
- les sociétés NDEI, Seribat Construction et Lefloch et Associés ont formé un groupement momentané d'entreprises solidaires qui a pour conséquence qu'elles sont toutes responsables envers elle au titre de la garantie décennale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, M. B A, liquidateur judiciaire de la société à responsabilité limitée (SARL) Atelier d'Architecture Luc Lefloch et Associés, représenté par Me Livory, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal :
1°) de condamner in solidum les sociétés Seribat Construction et NDEI à le garantir intégralement ;
2°) de condamner la commune de Machecoul-Saint-Même aux entiers dépens ainsi qu'à lui verser 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- sa mission était limitée à l'obtention du permis de construire de l'opération ainsi que le démontre le montant de la facture émise pour cette mission ;
- sa mission était étrangère à la survenance des désordres et l'expert n'a d'ailleurs pas retenu sa responsabilité ;
- le tribunal a précédemment rejeté l'appel en garantie de la société NDEI à son endroit ;
- il revenait à la commune de Machecoul-Saint-Même de rechercher la responsabilité des sous-traitants de la société NDEI, sur le fondement quasi-délictuel ;
- les sociétés Seribat Construction et NDEI doivent la garantir d'une éventuelle condamnation prononcée à son endroit.
La requête a été communiquée à Me Delaere, liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiées (SAS) Seribat Construction, qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure en date du 27 mars 2023.
La requête a été communiquée à Me Blanc, liquidateur de la SAS Nantaise des eaux ingénierie, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2024 :
- le rapport de M. Jégard,
- les conclusions de M. Simon, rapporteur public,
- et les observations de Me Veyrac substituant Me Naux, représentant la commune de Machecoul-Saint-Même.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement n° 1600080 du 24 juillet 2018, le tribunal a condamné la société par actions simplifiées (SAS) Nantaise des eaux ingénierie (NDEI) à verser à la commune de Machecoul-Saint-Même d'une part la somme de 232 785,98 euros toutes taxes comprises (TTC), avec intérêts au taux légal à compter du 6 janvier 2016 et capitalisation de ceux-ci à partir du 6 janvier 2017 et à chaque échéance annuelle, au titre des différents préjudices qu'elle a subis en raison des désordres de caractère décennal affectant la station d'épuration de la commune qui avait fait l'objet de travaux d'extension, d'autre part la somme de 39 712,70 euros au titre des frais d'expertise.
2. Par un arrêt n°18NT03596 du 13 février 2020, la cour administrative d'appel de Nantes a porté la somme de 232 785,98 euros à la somme de 257 785,98 euros TTC.
3. La société NDEI a été liquidée le 16 mai 2018 et la commune de Machecoul-Saint-Même n'est pas parvenue à obtenir réparation de ses préjudices.
4. Par une ordonnance n° 2105149, du 29 novembre 2021, la juge des référés, statuant en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, a condamné la société Seribat, prise en la personne de son liquidateur, Me Delaere, à verser à la commune de Machecoul-Saint-Même une provision de 257 785,98 euros en réparation des désordres de caractère décennal survenus dans la station d'épuration et une provision de 39 712,70 euros au titre des frais d'expertise, sous réserve que la commune n'ait pas obtenu réparation de ses préjudices par le liquidateur de la société NDEI ou son assureur.
5. Par sa requête, la commune de Machecoul-Saint-Même demande au tribunal de condamner solidairement Me Delaere, ès qualités de liquidateur de la société Seribat Construction et la société à responsabilité limitée (SARL) Lefloch et Associés à lui verser la somme de 257 785,98 euros, outre les intérêts de droit avec anatocisme, ainsi que la somme de 39 712,70 euros.
6. La SARL Lefloch et Associés a été liquidée le 29 juillet 2022.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
7. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Les constructeurs ne peuvent s'exonérer de leur responsabilité qu'en prouvant que les désordres proviennent d'une cause étrangère à leur intervention.
8. En l'absence de stipulations contraires, les entreprises qui s'engagent conjointement et solidairement envers le maitre de l'ouvrage à réaliser une opération de construction, s'engagent conjointement et solidairement non seulement à exécuter les travaux, mais encore à réparer le préjudice subi par le maitre de l'ouvrage du fait de manquements dans l'exécution de leurs obligations contractuelles. Un constructeur ne peut échapper à sa responsabilité conjointe et solidaire avec les autres entreprises co-contractantes, au motif qu'il n'a pas réellement participé aux travaux révélant un tel manquement, que si une convention, à laquelle le maitre de l'ouvrage est partie, fixe la part qui lui revient dans l'exécution des travaux.
9. Ainsi que cela a été jugé tant par le tribunal, dans son jugement n° 1600080, que par la cour, dans son arrêt n° 18NT03596, les désordres litigieux rendent la serre de séchage des boues impropre à sa destination. Ces désordres sont imputables à la société NDEI, mandataire du groupement chargé de la réalisation des travaux.
10. Il résulte de l'acte d'engagement du 26 mai 2008 que cette société était la mandataire d'un groupement solidaire composé également des sociétés Seribat Construction et Lefloch et Associés. Par conséquent, en l'absence d'une convention fixant la part revenant à chaque société dans l'exécution des travaux, la commune de Machecoul-Saint-Même est fondée à rechercher la condamnation solidaire de l'ensemble des sociétés ayant composé le groupement solidaire à raison des désordres de caractère décennal.
11. Il résulte de ce qui précède que la société Seribat Construction, prise en la personne de son liquidateur judiciaire, Me Delaere, et la société Le Floch et Associés, prise en la personne de son liquidateur, M. A, doivent être condamnées solidairement à verser à la commune de Machecoul-Saint-Même la somme de 257 785,98 euros TTC sous réserve des sommes déjà versées en exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 13 février 2020 et de l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 29 novembre 2021.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
12. La commune de Machecoul-Saint-Même, a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 257 785,98 euros à compter du 7 mai 2021, date d'enregistrement de sa requête, ainsi qu'elle le sollicite.
13. La capitalisation des intérêts a été demandée le 7 mai 2021. À cette date, les intérêts d'une année n'étaient pas encore dus. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article
1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 7 mai 2022.
Sur les dépens :
14. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ".
15. Il résulte du jugement n° 1600080 du 24 juillet 2018 du tribunal judiciaire de Nantes que l'expertise judiciaire a été taxée et liquidée à la somme de 39 712,70 euros, mise à la charge définitive de la société NDEI. Il résulte de ce qui précède que la société Seribat Construction, prise en la personne de son liquidateur judiciaire, Me Delaere, et la société Le Floch et Associés, prise en la personne de son liquidateur, M. A, doivent être condamnées solidairement à verser à la commune de Machecoul-Saint-Même la somme de 39 712,70 euros sous réserve des sommes déjà versées en exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 13 février 2020 et de l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 29 novembre 2021.
Sur les appels en garantie :
16. Il résulte des conclusions de l'expert que les désordres ayant affecté la filière de séchage des boues proviennent de vices de conception, de défaut de surveillance et de fautes d'exécution, exclusivement imputables à la société NDEI et à ses sous-traitants de premier et second rang. Il résulte de l'instruction que les sociétés Seribat Construction et Lefloch et Associés, membres du groupement du marché de travaux, ne sont intervenues qu'au titre, respectivement, des travaux de génie civil/gros œuvre, que l'expert a estimé sans lien avec les désordres, et dans le cadre de l'obtention du permis de construire. Il en résulte que la société NDEI doit être condamnée à garantir la société Lefloch et Associés à hauteur de 100 % des condamnations décrites aux points 11 et 15.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Machecoul-Saint-Même, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Lefloch et Associés demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de chacune des sociétés Lefloch et Associés et Seribat Construction la somme de 750 euros au titre des frais exposés par la commune de Machecoul-Saint-Même et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les sociétés Seribat Construction et Lefloch et Associés sont condamnées solidairement à verser à la commune de Machecoul-Saint-Même la somme de
257 785,98 euros TTC en réparation des désordres à caractère décennal survenus dans la station d'épuration, sous réserve des sommes déjà versées en exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 13 février 2020 et de l'ordonnance du juge des référés du tribunal du
29 novembre 2021.
Article 2 : La somme mentionnée à l'article 1er portera intérêts au taux légal à compter du
7 mai 2021 et ces intérêts seront capitalisés le 7 mai 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 3 : Les sociétés Seribat Construction et Lefloch et Associés sont condamnées solidairement à verser à la commune de Machecoul-Saint-Même la somme de 39 712,70 euros au titre des frais d'expertise sous réserve des sommes déjà versées en exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 13 février 2020 et de l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 29'novembre 2021.
Article 4 : La société NDEI est condamnée à garantir la société Lefloch et Associés à hauteur de 100 % des condamnations prononcées à son endroit aux articles 1er et 3 du présent jugement.
Article 5 : Les sociétés Seribat Construction et Lefloch et Associés sont condamnées chacune à verser à la commune de Machecoul-Saint-Même la somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à :
- la commune de Machecoul-Saint-Même,
- Me Delaere, ès qualités de liquidateur de la SAS Seribat Construction,
- M. B A, liquidateur judiciaire de la SARL Atelier d'Architecture Luc Lefloch et Associés,
- Me Blanc, liquidateur de la SAS Nantaise des eaux ingénierie.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le rapporteur,
X. JÉGARDLa présidente,
S. RIMEU
La greffière,
A. GOUDOU
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026