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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107098

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107098

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de la munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant aux liens entretenus avec sa fille ;

- elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

La caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B a été constatée par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante géorgienne née le 8 mars 1974, déclare être entrée irrégulièrement en France le 1er août 2012. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée ayant été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 5 décembre 2013, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 mai 2014, un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français lui a été opposé le 17 juin 2014. Elle a ensuite sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 19 novembre 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et mentionne des éléments suffisamment précis concernant le parcours en France et la situation personnelle et familiale de Mme B. Il est, par suite, tant en ce qu'il porte refus de séjour, obligation de quitter le territoire français que fixation du pays de destination, suffisamment motivé en droit et en fait. Par ailleurs, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de cet arrêté que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme B. Enfin, en indiquant " que Madame B A ne démontre pas avoir tissé des liens effectifs et continus avec sa fille Mme E ", le préfet n'a pas entaché son arrêté de l'erreur de fait alléguée.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, en vertu du 7° de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 423-23 du même code, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Mme B se prévaut de sa présence continue en France, où résident son époux, ses enfants et ses petits-enfants, qui y sont nés, depuis plus de huit années, et des liens sociaux et amicaux qu'elle a développés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'ancienneté de la présence sur le territoire de Mme B s'explique par son maintien irrégulier en dépit d'une mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2014 après le rejet définitif de sa demande d'asile et que si sa fille D, âgée de vingt-six ans, bénéficie d'une carte de séjour temporaire, son fils H C, âgé de vingt-neuf ans, fait lui aussi l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Mme B, qui s'est déclarée célibataire à son arrivée en France, où elle est entrée accompagnée de ses deux enfants, et a indiqué dans sa demande de titre de séjour vivre chez la belle-mère de sa fille, Mme G et être " prise en charge totalement par cette famille ", ne démontre pas, par les attestations produites, toutes postérieures à la décision attaquée, la réalité d'une vie commune avec M. F, un compatriote né en 1975 titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée le 4 août 2019, père de ses enfants, lequel déclare, sans préciser aucune date, avoir retrouvé sa famille à Nantes et héberger sa concubine, son fils et la concubine de ce dernier ainsi que leurs enfants à son domicile. Dans ces conditions, les liens personnels et familiaux en France de Mme B, âgée de quarante-six ans à la date de l'arrêté contesté, qui a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, ne présentent pas les caractéristiques définies à l'article L. 313-11, 7° précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; et le refus de séjour qui lui a été opposé ne peut être regardé comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 435-1 : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

6. Les éléments relatifs à la vie privée et familiale de Mme B énoncés au point 4 ne constituent ni des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour.

7. En troisième lieu, si Mme B fait valoir que la décision contestée a pour effet de la séparer de ses petits-enfants, tous nés en France, dont deux ont fait leur rentrée en classe de petite section de maternelle au titre de l'année scolaire 2021/2022, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui vient d'être dit, et alors que la requérante ne fait état d'aucun obstacle s'opposant à ce qu'ils puissent lui rendre visite en Géorgie ou à ce qu'elle-même leur rende visite en France, qu'en refusant de délivrer un titre de séjour à l'intéressée le préfet n'aurait pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de ces enfants, qui est de demeurer auprès de leurs parents, en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. En quatrième et dernier lieu, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas, compte tenu de ce qui vient d'être dit, commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés au point 4.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 513-2, alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. Contrairement à ce que soutient Mme B, la motivation de la décision attaquée ne révèle pas que le préfet n'aurait pas apprécié lui-même la situation personnelle de l'intéressée au regard des risques encourus en Géorgie et se serait cru lié par le refus d'asile opposé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Mme B n'apporte par ailleurs aucun élément permettant d'établir qu'elle pourrait encourir, en cas de retour en Géorgie, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'elle y serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées en fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

A.-C. WUNDERLICH L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Y. LE LAYLe greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

mr

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