lundi 27 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2107203 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AH-THION DIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2021, M. E G D, représenté par Me Ah-Thion Diard, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 27 juin 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le même préfet l'a assigné à résidence sur la commune de Nantes pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :
- la compétence de leur signataire n'est pas établie ;
- leur motivation n'est pas suffisante ;
- le préfet a méconnu son droit d'être entendu, garanti par les articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; à la suite de son interpellation, le 26 juin 2021, il n'a pas été informé de la possibilité qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement ;
- le préfet a méconnu son droit à être assisté d'un interprète lors de la notification des décisions attaquées et durant sa garde à vue ; il ne maîtrise que très sommairement la langue française ; il n'a pas été en mesure de comprendre les décisions qui lui étaient notifiées ;
- il vit maritalement avec une ressortissante française ; il s'est pacsé avec elle ; il s'occupe du fils de sa compagne, âgé de trois ans ; il a retrouvé en France plusieurs cousins ; au regard de ses liens familiaux et personnels en France, il peut prétendre à une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; dès lors, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
- sa motivation n'est pas suffisante ;
- le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation ; il n'a pas explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à une obligation de quitter le territoire français qui serait prononcée à son encontre ; il a d'emblée donné le nom de sa compagne et l'adresse à laquelle il demeure ;
Sur la décision l'assignant à résidence :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
- son annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- sa motivation n'est pas suffisante ; le préfet ne mentionne aucun motif quant à la perspective raisonnable de son éloignement ;
- le préfet a méconnu son droit à être assisté d'un interprète lors de la notification de la décision attaquée et durant sa garde à vue ; il ne maîtrise que très sommairement la langue française ; il n'a pas été en mesure de comprendre la décision qui lui était notifiée ;
- le préfet a méconnu son droit d'être entendu, garanti par les articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; à la suite de son interpellation, le 26 juin 2021, il n'a pas été informé de la possibilité qu'il fasse l'objet d'une mesure d'assignation à résidence ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ; en raison du contexte sanitaire, son éloignement ne peut être considéré comme une perspective raisonnable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2021.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant tunisien né le 30 octobre 1998, déclare être entré irrégulièrement en France en septembre 2020. Le 10 mai 2021, il s'est pacsé à Nantes avec une ressortissante française, Mme F C, née en 2000 et mère d'un enfant de deux ans né d'une précédente union. A la suite de la conclusion de ce pacte civil de solidarité, il n'a pas sollicité de titre de séjour. Le 26 juin 2021, il a été interpellé à Guérande pour conduite sans permis et placé en garde à vue par les services de gendarmerie. Le 27 juin 2021, le préfet de Loire-Atlantique, par un premier arrêté, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi, par un second arrêté, l'a assigné à résidence à Nantes pendant une durée de six mois. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et désignation du pays de renvoi :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé le dimanche 27 juin 2021 par M. B A, sous-préfet à la relance auprès du préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 8 janvier 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, dans le cadre de la permanence préfectorale qu'il est amené à tenir pendant les jours non ouvrables, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'une décision portant sur le délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne ainsi les motifs qui, selon le préfet, justifient l'éloignement sans délai de M. D à destination de la Tunisie, en se référant aux articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'entrée irrégulière de l'intéressé sur le territoire national et à son absence de possession des documents et visa exigés à l'article L. 311-1 du même code. Il fait également état de l'absence de ressources du requérant, ainsi que de sa récente conclusion d'un pacte civil de solidarité avec Mme F C. Il reprend l'affirmation de M. D, en précisant qu'elle n'est pas assortie de preuve, selon laquelle Mme C est enceinte. Il indique encore que M. D n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère ainsi que ses frères et sœurs et où il a vécu jusqu'à ses vingt-deux ans. Il justifie le non-octroi d'un délai de départ volontaire par la double circonstance que M. D a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. Il ajoute enfin que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine, n'a pas effectué de démarches pour solliciter le statut de réfugié et ne fait pas état de risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté en toutes ses branches.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par l'arrêté contesté, pris par une autorité d'un État membre, est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de sa garde à vue, M. D a été amené à exposer sa situation personnelle et administrative et que l'arrêté se fonde sur les informations recueillies lors de cette procédure. Le requérant a été interrogé sur l'éventualité d'un retour dans son pays et de la possibilité d'un éloignement. Il lui était loisible à cette occasion de faire valoir toute observation utile au sujet de sa situation et de son possible renvoi vers son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que M. D aurait été privé du droit d'être entendu doit être écarté.
6. En quatrième lieu, M. D se plaint de ne pas avoir bénéficié de l'assistance d'un interprète lors de la notification de l'arrêté attaqué et durant sa garde à vue. S'il allègue ne maîtriser que très sommairement la langue française, il ressort du procès-verbal de son audition, durant sa garde à vue, qu'il a décliné la proposition qui lui était faire de recourir à un interprète, déclarant comprendre le français, le lire " pas trop mal " et l'écrire " un petit peu ". En tout état de cause, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. De même, les vices qui auraient entaché la procédure de garde à vue dont le requérant a fait l'objet, antérieurement à la prise de l'arrêté attaqué, ne peuvent être utilement invoqués à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté.
7. En cinquième lieu, M. D soutient, en invoquant l'article 8 de l'accord franco-tunisien et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, dès lors qu'il est en droit de bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il est toutefois constant qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour depuis son arrivée en France et qu'il n'appartient à aucune des catégories d'étranger qui bénéficient, en vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du fait notamment de leurs liens familiaux et de la durée de leur résidence en France, d'une protection contre les obligations de quitter le territoire français. M. D résidait en effet sur le territoire français depuis moins d'un an à la date de l'arrêté attaqué. La conclusion de son pacte civil de solidarité avec une ressortissante française remontait à moins de moins de deux mois à cette même date. Son allégation selon laquelle sa compagne était enceinte n'est assortie d'aucun commencement de preuve. Enfin, les trois attestations peu circonstanciées versées au dossier, établies respectivement par le père de sa compagne et par deux personnes se présentant comme des cousins de l'intéressé, ne sauraient suffire à établir l'intensité, la stabilité et l'ancienneté des liens personnels et familiaux dont dispose M. D en France. Dès lors, le moyen tiré de ce que ces liens feraient obstacle à l'éloignement de M. D doit être écarté.
8. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".
9. Eu égard au caractère très récent de la relation que M. D entretient avec Mme C, les intéressés ne se connaissant que depuis le mois de février 2021 et ne déclarant habiter ensemble que depuis le mois d'avril suivant, au fait que la mère, le frère et la sœur du requérant demeurent en Tunisie, où il a lui-même résidé jusqu'à ses vingt-deux ans et où il conserve nécessairement l'essentiel de ses attaches culturelles et linguistiques, à l'absence de toute insertion professionnelle de l'intéressé et à l'ensemble des circonstances indiquées au point 7, le préfet de la Loire-Atlantique, en faisant obligation à M. D de quitter le territoire français, n'a ni méconnu l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation.
10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". L'article L. 612-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ".
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et des déclarations du requérant qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'à la date de l'arrêté attaqué, il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, lors de son audition par un officier de police judiciaire à l'occasion de sa garde à vue le 26 juin 2021, M. D a affirmé vouloir demeurer en France. Enfin, lors de cette même audition, M. D n'a pas été en mesure de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, conformément aux dispositions citées au point précédent, le risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement pouvait être considéré comme établi. Si le requérant fait valoir qu'il a spontanément révélé l'existence de sa compagne et donné son adresse à laquelle il réside, cette circonstance ne suffit pas à démontrer qu'en décidant de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire, le préfet aurait commis une erreur de droit, une erreur de fait ou une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
12. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé le dimanche 27 juin 2021 par M. B A, sous-préfet à la relance auprès du préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 8 janvier 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, dans le cadre de la permanence préfectorale qu'il est amené à tenir pendant les jours non ouvrables, notamment, les décisions portant assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
13. En deuxième lieu, en l'absence d'annulation de l'arrêté faisant obligation à M. D de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de l'arrêté l'assignant à résidence.
14. En troisième lieu, l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées ".
15. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui servent de fondement, en particulier le 1° de l'article L. 731-3, ainsi que l'arrêté du même jour faisant obligation à M. D de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination. Il mentionne par ailleurs que M. D est dépourvu de document d'identité et de voyage et qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer auprès des autorités consulaires. Il précise également que M. D justifie d'une adresse chez Mme C, qu'en raison des circonstances exceptionnelles découlant de l'épidémie de covid 19 et eu égard aux mesures générales de prévention mises en œuvre, notamment la fermeture des frontières, il justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français et qu'il convient de l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français jusqu'à ce qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation en l'assignant à résidence. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.
16. En quatrième lieu, pour les raisons indiquées au point 6, le moyen tiré par M. D de ce qu'il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète lors de la notification de l'arrêté attaqué doit être écarté comme inopérant.
17. En cinquième lieu, s'il est constant que M. D n'a pas été spécifiquement invité à faire part de ses observations sur une éventuelle assignation à résidence, avant que celle-ci ne soit prononcée, en méconnaissance de son droit d'être entendu rappelé au point 4, il n'est ni établi, ni même allégué qu'il aurait été empêché de faire part à l'autorité administrative de toutes informations tenant à sa situation personnelle qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à influencer le sens de la décision prise. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu.
18. En sixième lieu, l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
19. En l'espèce, M. D, qui ne conteste pas entrer dans le champ du 1° de l'article L. 731-3 précité, se borne à soutenir, pour contester l'assignation à résidence prononcée par le préfet sur le fondement de ces dispositions, qu'en raison du contexte sanitaire, son éloignement ne peut être considéré comme une perspective raisonnable. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas le prononcé d'une mesure d'assignation à résidence à l'existence d'une perspective raisonnable d'exécution de la décision d'éloignement, pour laquelle cette mesure est prise. Au contraire, une telle mesure ne peut intervenir qu'en l'absence d'une telle perspective à la date à laquelle elle est prononcée. Par suite, alors au demeurant que le contexte sanitaire dont se prévaut le requérant n'était pas de nature à rendre son éloignement définitivement impossible, le moyen énoncé tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués du 27 juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
21. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. D entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.
22. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. D au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Ah-Thion Diard.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.
Le président-rapporteur,
L. MARTIN
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSE
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
fm
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026