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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2107974

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2107974

vendredi 19 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2107974
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantWOZNIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021, M. C B, représenté par Me Wozniak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2020 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à son profit en application des dispositions de ce dernier article.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation familiale et professionnelle ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les articles 3, paragraphe 1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- formulée de manière imprécise, elle porte atteinte à sa dignité en ce qu'elle ne tient pas compte de sa situation personnelle et des conséquences d'un tel renvoi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant ivoirien né le 18 septembre 1975 entré en France le 31 mai 2019 muni d'un visa de court séjour, a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Sa demande a été rejetée par arrêté du 2 octobre 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté du 2 octobre 2020 vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et mentionne des éléments suffisamment précis concernant le parcours en France et la situation personnelle et familiale de M. B. Il est, par suite, suffisamment motivé tant en droit qu'en fait.

3. En deuxième lieu, en vertu du 7° de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 423-23 du même code, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. B fait valoir qu'il a résidé régulièrement en France de 1999 à 2009, d'abord en qualité d'étudiant, y a travaillé à partir de 2006 comme ingénieur informatique avant de s'installer au Canada pour des raisons professionnelles, qu'il s'est marié le 24 octobre 2009 au Mans avec une compatriote née en 1983 qui a donné naissance à leur fils A le 3 mars 2015 à Québec, son épouse et son fils résidant régulièrement en France, et que, se sentant isolé au Canada, il a " saisit une offre d'emploi en tant qu'ingénieur d'études " dans la région Pays de la Loire pour rejoindre sa famille. Il soutient que la cellule familiale s'est reconstituée au Mans depuis son retour en 2019, qu'il s'investit dans l'entretien et l'éducation de son enfant, est parfaitement intégré en France et que le seul obstacle à son insertion professionnelle est le refus de titre de séjour qui lui a été opposé. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la présence en France de l'intéressé est récente et qu'avant de rejoindre son épouse et son fils en France en mai 2019 après une longue période de séparation résultant de ses propres choix professionnels, il vivait en Côte d'Ivoire, où résident ses parents et son frère, depuis octobre 2017. Il lui appartient le cas échéant, s'il s'y croit fondé, de solliciter un titre de séjour en qualité de salarié en suivant la procédure adéquate, son épouse ayant par ailleurs la faculté de solliciter pour lui le bénéfice du regroupement familial, procédure de droit commun d'introduction en France d'un conjoint étranger. Dans ces conditions, les liens personnels et familiaux en France de M. B ne présentent pas les caractéristiques définies à l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le refus de séjour qui lui a été opposé ne peut être regardé comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

5. En troisième et dernier lieu, si M. B fait valoir que son fils âgé de cinq ans " a besoin de ses deux parents afin de se construire au mieux ", il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 4, qu'en refusant de délivrer un titre de séjour au requérant le préfet aurait méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, non plus que l'article 9 de cette même convention, aux termes duquel : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré () ", qui ne crée en tout état de cause d'obligations qu'entre les Etats.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 513-2, alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. La décision litigieuse, qui prévoit que si M. B se maintient sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre " pourra être exécutée d'office à destination du pays dont il a la nationalité, de tout pays dans lequel il établit être légalement admissible ou à défaut à destination de tout autre pays qui lui a délivré un titre de séjour en cours de validité ", satisfait aux prescriptions énoncées à l'article L. 513-2 précité. Il ne ressort par ailleurs ni des termes de l'arrêté contesté ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé, avant de fixer le pays de renvoi, à l'examen de la situation personnelle de M. B, lequel n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que cette décision porte atteinte à sa dignité.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Sarthe et à Me Wozniak.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Diniz, première conseillère,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2022.

La présidente-rapporteure,

A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

I. DINIZLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ah/ell

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