mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108670 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juillet 2021, 1er novembre 2021 et 14 octobre 2022, M. D A et Mme F E épouse A, représentés par Me Renaud, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 19 juillet 2021 par lesquels le préfet de la Loire Atlantique a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de leur délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leur demande dans un délai de deux mois et de les munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour :
- elles ne sont pas suffisamment motivées et n'ont pas été précédées de l'examen de leur situation personnelle ;
- la régularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII, non produit par le préfet, reste à démontrer, en admettant qu'un tel avis a été rendu, et notamment que le médecin qui a établi le rapport médical préalable n'y a pas siégé ;
- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
- elles méconnaissent l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en ce qui concerne la disponibilité du traitement au Kosovo et la possibilité pour l'enfant d'y voyager sans risque ;
- elles méconnaissent les articles L. 423-23 de ce code et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les articles 2-2, 3-1, 3-2, 23, 24 et 28 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et 7 et 24 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaissent les termes de la circulaire du 28 novembre 2018, opposables en vertu des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elles sont entachées des mêmes vices de légalité externe que la décision portant refus de titre de séjour ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour les prive de base légale ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés ;
S'agissant des décisions fixant le pays de destination :
- elles sont entachées des mêmes vices de légalité externe que les décisions portant refus de titre de séjour ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour les prive de base légale.
Par un mémoire enregistré le 19 avril 2022, la Défenseure des droits a présenté ses observations au soutien de la requête.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 août 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Renaud, représentant M. A et Mme E épouse A, en présence des intéressés, de leurs enfants et de plusieurs personnes venues leur apporter leur soutien.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A et Mme F E épouse A, ressortissants kosovares nés les 19 septembre 1985 et 29 septembre 1989, sont entrés irrégulièrement en France le 30 juin 2017 accompagnés de leurs deux enfants mineurs, C et B, nés les 22 février 2013 et 10 octobre 2016 au Kosovo. Leurs demandes de reconnaissance de la qualité de réfugié ont été rejetées par décisions du 29 décembre 2017 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par des arrêts du 22 octobre 2018 de la Cour nationale du droit d'asile. Ils ont toutefois été autorisés à séjourner provisoirement en France, en qualité de parents d'un enfant malade, du 17 avril 2019 au 16 août 2021. Le renouvellement de cette autorisation leur a été en dernier lieu refusée par arrêtés du préfet de la Loire-Atlantique en date du 19 juillet 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré. M. A et Mme E épouse A demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
2. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1 Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
3. Il ressort des pièces du dossier que la fille aînée des époux A, arrivée en France alors qu'elle était âgée d'à peine quatre ans, y est scolarisée depuis l'école maternelle et a atteint, à la date de la décision attaquée, au prix de progrès remarqués tant dans son apprentissage de la langue française que dans son intégration à l'école ou au centre de loisirs, la classe de CE1. Surtout, le fils de M. A et Mme E épouse A, dont il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 2 mars 2021 que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, était quant à lui âgé de moins un an à son arrivée en France, en état de dénutrition, et a dû être hospitalisé dès le mois d'août 2017. Il souffre d'un trouble du développement neuro-moteur, est régulièrement sujet à des crises d'épilepsie et est principalement nourri par gastrostomie, par l'intermédiaire d'un dispositif posé en février 2018. Cette pathologie entraîne un retard de développement psychomoteur et une altération de la vue, ayant justifié une orientation en institut médico-éducatif du 5 mars 2021 au 31 août 2025 ainsi qu'un accueil en SESSAD Déficience intellectuelle, en application d'une décision de la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes en situation de handicap de la Loire-Atlantique. Dans l'attente de la mise en œuvre de ces deux orientations, la commission a décidé d'une orientation alternative en milieu ordinaire avec une aide humaine individuelle aux élèves handicapés à hauteur de neuf heures par semaine. B fait par ailleurs l'objet d'un suivi hebdomadaire en hôpital de jour à l'établissement de santé pour enfants et adolescents de la région nantaise (ESEAN) où il bénéficie de séances de kinésithérapie, d'orthophonie et de psychomotricité. Inscrit sur liste d'attente dans plusieurs IME et SESSAD, il doit faire l'objet d'une surveillance constante, son absence totale d'autonomie justifiant la présence d'une accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) pendant les trois demi-journées par semaine pendant lesquelles il est scolarisé en grande section de maternelle. Il ressort notamment des auditions menées par la Défenseure des droits -laquelle a par ailleurs pris l'attache de son homologue Ombudsman kosovar quant aux modalités actuelles de prise en charge des enfants handicapés dans ce pays-, que la prise en charge précoce d'Altin lors de l'arrivée en France de la famille a été salutaire et lui a permis d'évoluer favorablement, que cet enfant est engagé dans un parcours de soin et médico-social depuis son arrivée en France et que l'interruption ou la dégradation de la qualité de ce suivi pourraient avoir des conséquences graves sur son développement et sa santé. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, les époux A sont dès lors fondés à soutenir que les arrêtés du préfet de la Loire-Atlantique portent atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants, qui est de demeurer en France, et à en demander, pour ce motif, l'annulation, tant en ce qu'ils portent refus de délivrance de titres de séjour qu'obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi.
4. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des arrêtés attaqués implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée aux requérants sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Renaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de la Loire-Atlantique en date du 19 juillet 2021 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A et Mme E épouse A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Renaud une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et Mme F E épouse A, à Me Renaud et au préfet de la Loire-Atlantique.
Copie en sera adressée à la Défenseure des droits.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mlle Wunderlich, présidente,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Y. LE LAYLe greffier,
Y. LECLERC
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
mt/yl
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026