jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2109521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | AH-THION DIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 août 2021, Mme E G épouse A et M. I C A, représentés par Me Ah-Thion Diard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme G épouse A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de délivrer à Mme G épouse A un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité compétente ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'a pas été précédée de l'examen particulier de la situation personnelle de Mme G épouse A ;
- elle méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la preuve d'une communauté de vie effective d'au moins six mois étant rapportée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- le droit d'être entendu tel qu'il résulte des articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- la circonstance que Mme G épouse A est en droit d'obtenir un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français fait en tout état de cause obstacle à son éloignement ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé et relève que le défaut de visa de long séjour est susceptible de justifier à lui-seul le refus de séjour opposé à Mme G épouse A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E G épouse A, ressortissante marocaine née le 20 juillet 1961, est entrée en France le 6 février 2021 munie d'un visa de court séjour. Elle a sollicité en mars 2021 du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français sur le fondement de l'article L. 313-11, 4°, alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par arrêté du 9 juillet 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel l'intéressée pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme G épouse A et M. I C A demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme F D. Par un arrêté du 17 mars 2021 régulièrement publié, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que son édiction n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle de Mme G épouse A.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3 [qui ne concernent pas la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger conjoint de français] la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. () ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Et aux termes de L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
5. Il est constant que le mariage de Mme G avec M. C A, un ressortissant français né le 8 mars 1962, a été célébré le 15 mars 2013 à Casablanca (Maroc) et transcrit sur les registres de l'état civil français le 31 août 2020. L'intéressée ne peut, dès lors, se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La condition, prévue à l'article 412-1 du même code, tenant à la production d'un visa de long séjour, lui est par conséquent opposable. Or il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'était pas munie d'un tel visa à son entrée sur le territoire le 6 février 2021. Ainsi qu'il le fait valoir dans son mémoire en défense, le préfet de la Loire-Atlantique pouvait, pour ce seul motif, qu'il y a lieu de substituer à ceux énoncés dans l'arrêté litigieux -tenant notamment à l'absence d'éléments probants permettant d'établir l'existence d'une communauté de vie réelle et sérieuse entre les époux- refuser de délivrer à Mme G épouse A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjointe d'un ressortissant français.
6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante ne résidait en France que depuis quatre mois à la date de la décision attaquée, alors qu'elle avait vécu la plus grande part de sa vie au Maroc, où elle a nécessairement conservé des attaches culturelles et linguistiques. Si, ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme G épouse A établit être mariée depuis 2013 avec M. A, la circonstance que M. H B, dont elle allègue être la mère sans toutefois le démontrer, réside en France de manière régulière, n'est pas de nature à démontrer qu'elle aurait noué en France des liens particulièrement anciens, stables et intenses. Enfin, l'intéressée n'établit ni même n'allègue être insérée professionnellement dans la société française. Enfin, rien ne s'oppose à ce que l'intéressée, titulaire d'un visa de court séjour valable jusqu'au 1er avril 2023, se rende en France pour rendre visite à son époux. Ainsi, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas au droit de Mme G épouse A au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit.
8. Il résulte de ce qui précède que les époux A ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme G épouse A.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () ".
10. Il est constant que Mme G épouse A est mariée depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française qui a conservé cette nationalité. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la communauté de vie entre les époux A, qui demeurent ensemble à Orvault et ont été amenés, en fonction des contraintes professionnelles de M. A, à faire ensemble de fréquents séjours au Maroc, Mme G épouse A ayant elle-même cessé à compter du 1er novembre 2015 son activité au sein de la banque marocaine pour le commerce et l'industrie, n'a pas cessé depuis le mariage. Dans ces conditions, les époux A sont fondés à soutenir que les dispositions précitées de l'article L. 611-3, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obstacle à l'éloignement de Mme A et à demander, pour ce motif, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dont le préfet de la Loire-Atlantique a assorti le refus de titre de séjour litigieux ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
12. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de Mme G épouse A et de statuer à nouveau sur son cas dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de munir dans cette attente l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'est pas nécessaire d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée par la requérante.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par les époux A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er :L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique en date du 9 juillet 2021 est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de destination.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de Mme G épouse A et de statuer à nouveau sur son cas dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de munir dans cette attente l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme G épouse A et M. C A une somme de 800 euros (huit cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme G épouse A et M. C A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G épouse A et M. C A et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mlle Wunderlich, présidente,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Y. LE LAY
La greffière,
L. BILLAUD
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
ah/lb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026