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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110183

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110183

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 septembre 2021 et 16 décembre 2022, Mme C A B, représentée par Me Pion Riccio, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète déléguée pour la défense et la sécurité de la zone de défense et de sécurité Ouest a implicitement rejeté sa réclamation formée contre le titre de perception émis le 14 octobre 2020 pour avoir paiement d'une somme de 11 041,21 euros au titre d'un trop-perçu de rémunération, ainsi que ce titre de perception ;

2°) de la décharger de la somme de 11 041,21 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de perception est irrégulier, en l'absence d'indication des bases de liquidation de la créance et dès lors qu'il ne comporte pas la signature de son émetteur ;

- l'administration n'est pas fondée à procéder de façon rétroactive au rappel simultané de trop-perçus de traitement et d'indemnités journalières versées par la sécurité sociale.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, la préfète déléguée pour la défense et la sécurité de la zone de défense et de sécurité Ouest conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Barès,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, recrutée par la préfecture de la Mayenne le 10 décembre 2018 par contrat à durée déterminée de trois ans, en qualité de chargée de mission juridique spécialisée dans le contentieux des étrangers, a été placée en congé de maladie ordinaire du 17 janvier au 14 août 2020, date à laquelle lui a été notifié un arrêté du 3 août 2020 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé son licenciement pour faute grave, sans préavis ni indemnité de licenciement. Le 14 octobre 2020, un titre de perception a été adressé à Mme A B pour un montant de 11 041,21 euros. Par un courrier du 18 janvier 2021, Mme A B a formé opposition contre ce titre de perception. La préfète déléguée pour la défense et la sécurité de la zone de défense et de sécurité Ouest a implicitement rejeté ce recours. Mme A B conteste le titre de perception du 14 octobre 2020 en demandant à être déchargée de la somme qui a été réclamée.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret relatif à la gestion budgétaire et comptable publique du 7 novembre 2012 : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". L'Etat ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il s'est fondé pour déterminer le montant de la créance.

3. Il résulte de l'instruction que le titre de perception litigieux indique que l'objet de la créance est un indu sur rémunération et que le détail de la somme à payer est précisé en annexe. Contrairement à ce que soutient la requérante, ce titre exécutoire, qui fait référence aux bulletins de salaire de l'intéressée des mois de juillet et août 2020, qui explicitent le montant des trop-perçus et mentionnent les précomptes pour trop-perçu ainsi que les rappels d'indemnités journalières de sécurité sociale sur des périodes précises, comporte les bases de liquidation de la créance dont il s'agit, d'un montant de 11 041,21 euros.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

5. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

6. Il résulte de l'instruction, et en particulier de l'état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement, produit par la préfète déléguée pour la défense et la sécurité de la zone de défense et de sécurité Ouest, que celui-ci est revêtu de la formule exécutoire et porte la signature de l'ordonnateur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 4 manque en fait.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive () ". Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Par suite, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que le titre de perception en litige était illégal en raison de son caractère rétroactif.

8. En dernier lieu, il est constant que Mme A B a perçu un plein traitement de 1 884,98 euros nets au cours des mois de janvier à juin 2020 et des traitements nets de 1 487,30 euros en juillet 2020 et de 156,35 euros au titre du mois d'août 2020, alors qu'elle était placée en position de congé de maladie ordinaire du 17 janvier au 14 août 2020 par arrêtés successifs du préfet de la Mayenne. A cet égard, il résulte de l'instruction qu'elle était fondée à percevoir un plein traitement du 17 au 22 janvier 2020, du 20 mai au 7 juin 2020, du 11 au 13 juin 2020 et du 8 au 9 août 2020, soit une durée totale de trente jours comprenant toutefois un jour de carence pour un montant de 78,10 euros, et un demi-traitement pendant trente jours, du 23 janvier au 21 février 2020. Dès lors que les pleins traitements et demi-traitements qui ont été versés à Mme A B sur ces périodes lui sont restés acquis, l'administration était fondée à procéder au rappel des indemnités journalières correspondantes versées par la sécurité sociale à l'intéressée pour un montant total de 2 195,36 euros, ainsi qu'il est mentionné sur son bulletin de salaire du mois de juillet. Enfin, il est constant que l'administration a prélevé, par précompte pour trop-perçu, les sommes de 511,87 et 367,71 euros sur les bulletins de salaire des mois de juillet et d'août 2020. Dans ces conditions, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que le calcul de la somme mise en recouvrement par le titre de perception contesté est erroné ni qu'il a été procédé à une demande de remboursement simultané des trop-perçus de traitement et des indemnités de la sécurité sociale sur les périodes précitées.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à contester le titre de perception en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Pion Riccio et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques de Bretagne.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. BARÈS

Le président,

C. CANTIÉLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

No 2110183

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