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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111050

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111050

mardi 14 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2021, M. D C, représenté par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 août 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir de façon rétroactive le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a été préalablement informé dans une langue qu'il comprend des conditions de cessation et de refus des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il a bénéficié d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur la fraude ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant érythréen né le 9 octobre 1977, est entré en France en 2021 et y a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée le 9 juillet 2021 et placée en procédure accélérée, et il a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 9 juillet 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé l'intéressé de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 11 août 2021, dont M. C demande l'annulation, l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. Par une décision du 3 juin 2021, le directeur général de l'OFII a donné à Mme A B, directrice territoriale de l'OFII à Nantes, délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. La décision attaquée vise les articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique à l'intéressé qu'il a dissimulé le fait qu'il avait obtenu la protection internationale en Allemagne. La décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a attesté, par sa signature le 9 juillet 2019, avoir été reçu à un entretien en tigrigna, langue qu'il comprend au cours duquel sa vulnérabilité a été évaluée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'entretien de vulnérabilité doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a attesté, par sa signature le 9 juillet 2021 avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que l'information prévue à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été donnée doit être écarté.

9. Eu égard à ce qui a été dit précédemment et à la motivation de la décision attaquée, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de vulnérabilité du requérant doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".

11. Il ressort des pièces du dossier que les autorités allemandes ont informé les autorités françaises le 9 juillet 2021 que M. C avait obtenu le bénéfice de la protection internationale en Allemagne le 26 août 2020. Si M. C, qui ne conteste pas dans la présente instance bénéficier d'une telle protection, fait valoir qu'il en aurait informé les autorités françaises dès le dépôt de sa demande d'asile, il ressort au contraire de la notice d'information du 9 juillet 2021 signée par l'intéressé que celui-ci a " nié avoir obtenu la protection internationale et le titre de séjour correspondant en Allemagne ". Contrairement à ce que soutient M. C, l'OFII pouvait se fonder sur la circonstance qu'il avait dissimulé le fait qu'il bénéficiait de la protection internationale en Allemagne pour retenir qu'il n'avait pas communiqué une information utile à l'instruction de sa demande au sens de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Si le requérant fait valoir qu'il n'aurait pas pu se voir délivrer un titre de séjour en Allemagne, la seule production d'une autorisation de séjour de séjour devenue invalide à compter du 8 novembre 2021, ne suffit à justifier d'un tel refus d'admission au séjour par les autorités allemandes, alors même qu'il y bénéficie de la protection internationale depuis le 26 août 2020. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que son comportement ne serait pas constitutif d'une fraude au sens de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la décision attaquée n'est pas prise en application de cet article. Alors qu'il résulte des dispositions précitées que le demandeur d'asile est tenu de coopérer avec l'autorité administrative, c'est sans erreur de fait et à bon droit que l'OFII a estimé que M. C, en ne faisant pas état de la protection internationale obtenue en Allemagne, n'avait pas respecté les obligations qui lui incombaient en tant que demandeur d'asile à l'égard des autorités de l'asile, et a, en conséquence mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avait été antérieurement accordé.

12. Il ressort de l'entretien précédemment mentionné du 9 juillet 2021 que M. C n'a fait état d'aucun problème de santé et les éléments qu'il invoque dans la présente instance ne suffisent à caractériser une situation de particulière vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Béarnais.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.

La rapporteure,

S. THOMAS

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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