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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111363

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111363

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCRABIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2021, M. B C, représenté par Me Crabières, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'un et l'autre cas dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R.311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A de Baleine,

- les observations de Me Crabières, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, se disant ressortissant malien né le 16 juin 2001, déclare être entré en France le 13 mars 2018, sans justifier d'une entrée régulière. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du 22 mars 2018, et a, par la suite, été placé sous la tutelle du président du conseil départemental de la Sarthe le 24 avril 2018. Par un courrier reçu en préfecture le 8 septembre et complété le 16 novembre 2020, il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté du 19 janvier 2021 dont M. C demande l'annulation, ce préfet a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision de son auteur de ne pas délivrer un titre de séjour au requérant. Dès lors, cette décision est motivée. En outre, et conformément aux dispositions alors applicables de l'avant-dernier alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 513-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que l'étranger est ressortissant malien et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours. Il en résulte que la décision fixant le pays de renvoi en cas d'éloignement d'office à l'issue de ce délai est motivée.

3. Il ressort des pièces du dossier que la lettre du 25 août 2020, reçue par le préfet de la Sarthe le 8 septembre 2020, et complétée le 16 novembre 2020 dans des conditions dont le requérant ne justifie pas, demandait la délivrance d'un " titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-7 du CESEDA " et sollicitait à cet effet la bienveillance du préfet. La situation de M. C ne relevait, eu égard à son âge allégué, ni des prévisions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de celles de l'article L. 313-15 de ce code, cette demande n'ayant pas été présentée dans l'année suivant le dix-huitième anniversaire de l'intéressé.

4. L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, dans sa rédaction applicable en l'espèce, que " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.

5. M. C ayant sollicité de la bienveillance du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", c'est à bon droit et sans méconnaître l'objet de cette demande que le préfet de la Sarthe a estimé que l'intéressé demandait la régularisation de son séjour en France par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 313-14 précité.

6. Pour refuser de régulariser la situation de séjour de M. C, le préfet de la Sarthe a estimé, tout d'abord, que l'intéressé ne justifie pas de son identité dans les conditions prévues à l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, ensuite, qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel n'est de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 de ce code.

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, se disant né en 2001, est arrivé en France dans des conditions irrégulières, au mois de mars 2018 selon ses déclarations. Son séjour en France n'est, ainsi, pas ancien. Célibataire, il n'a, en France, aucune personne à charge. Il ressort clairement de la lettre de l'intéressé du 25 août 2020 comme de son récit du 10 mars 2021 que son émigration irrégulière en France a seulement pour explication la grande modestie de sa situation économique et matérielle au Mali, mais est étrangère à la vie privée et familiale. Si, après son arrivée en France, M. C, estimé mineur, a bénéficié d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, une telle situation, résultant de la simple application de la loi à la situation d'un mineur étranger isolé sur le territoire français, ne présente, dans un tel cas, aucun caractère exceptionnel. Quand bien même, compte tenu de cette prise en charge, prolongée par un contrat " jeune majeur ", comme de la scolarisation dont a bénéficié l'intéressé en France, il a nécessairement noué des relations sociales sur le territoire français, le requérant, qui peut entretenir de telles relations ailleurs qu'en France notamment dans son pays d'origine, ne justifie pas pour autant de liens personnels particuliers, notamment familiaux, intenses en France. Il peut valoriser les compétences acquises en France ailleurs que dans ce pays, notamment dans son pays d'origine. La promesse d'embauche en apprentissage qu'il présente, au demeurant postérieure à l'arrêté attaqué, est étrangère à une considération humanitaire et ne constitue pas non plus, en elle-même, un motif exceptionnel de régularisation. M. C n'est pas isolé dans son pays d'origine, où vivent notamment sa mère, ses frères et sœurs et d'autres membres de sa famille. Il ne ressort pas du dossier qu'il n'entretiendrait plus de lien avec sa famille au Mali et les documents qu'il présente à l'effet de justifier de son identité et de son état civil, dont notamment plusieurs sont postérieurs à l'entrée alléguée en France ou comportent des cachets ou tampons postérieurs à cette entrée, sont de nature à établir qu'il conserve des liens effectifs avec son pays d'origine. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. C, en particulier la durée et les conditions de son séjour en France ainsi que la nature de ses liens notamment familiaux avec son pays d'origine, le préfet de la Sarthe a pu légalement et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation estimer que l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé, qui n'est pas fondé à prétendre que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui donnaient droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire, ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus des motifs exceptionnels que l'intéressé aurait fait valoir.

8. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Sarthe, qui n'était pas saisi sur le fondement du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article L. 313-15 de ce code, aurait pris les mêmes décisions en se fondant sur les motifs de son arrêté autres que celui tiré de ce que M. C ne justifie pas de son identité dans les conditions prévues à l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite et en toutes ses branches, le moyen tiré du caractère erroné de ce dernier motif est inopérant.

9. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Compte tenu en particulier de la durée et des conditions de son séjour en France et de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle, le requérant n'est pas fondé à prétendre que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui donnaient, de plein droit, droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et faisaient en conséquence obstacle à ce qu'il lui fût fait obligation de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe aurait porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a refusé de régulariser son séjour et a assorti ce refus d'une décision de retour. Il en résulte que ces décisions ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Compte tenu de ce qui précède, M. C n'est pas fondé à prétendre que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de lui délivrer un titre de séjour. Il ne l'est pas davantage à soutenir que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente. .

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Sarthe et à Me Crabières.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Durup De Baleine, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

F. HUIN

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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