mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2112018 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | FAUVET |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 octobre 2021 et le 26 septembre 2023 sous le n° 2112018, Mme E C, veuve F, représentée par Me Fauvet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 24 février 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que cette décision°;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite de rejet n'est pas motivée, et aucune réponse n'a été apportée à sa demande de communication des motifs de la décision ;
- la décision préfectorale du 24 février 2021 n'est pas motivée ;
- la décision préfectorale du 24 février 2021 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 janvier 2023 et le 23 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022 sous le n° 2213736, Mme E C, veuve F, représentée par Me Fauvet, demande au tribunal :
1°) avant dire droit, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de communiquer les éléments de son dossier sur lesquels il fonde sa décision, y compris l'audition du 4 mars 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 11 août 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 24 février 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, et y a substitué une décision de rejet ;
3°) d'annuler la décision de la préfète du Bas-Rhin du 24 février 2021 portant ajournement de sa demande de naturalisation ;
4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 11 août 2022 est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation ;
- la compétence du signataire de la décision du 11 août 2022 n'est pas établie ;
- le ministre de l'intérieur n'a pas respecté le principe du contradictoire, le compte-rendu de son entretien du 4 mars 2022 avec les services de renseignement n'ayant pas été communiqué ;
- la décision du 11 août 2022 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision préfectorale du 24 février 2021 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, veuve F, ressortissante russe d'origine tchétchène, bénéficiant du statut de réfugiée, demande au tribunal d'annuler la décision du 11 août 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 24 février 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, et y a substitué une décision expresse de rejet, ainsi que la décision préfectorale du 24 février 2021. Les conclusions des requêtes doivent être regardées comme seulement dirigées contre la décision du 11 août 2022, qui s'est entièrement substituée à la décision implicite de rejet du 26 août 2021.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2112018 et 2213736 présentées par Mme C ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :
3. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, la décision du ministre de l'intérieur prise sur le recours préalable obligatoire se substitue à la décision initiale de refus prise par l'autorité préfectorale. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision ministérielle du 11 août 2022 qui s'est entièrement substituée à la décision préfectorale du 24 février 2021.
4. Il en résulte que Mme C ne peut utilement soutenir que la décision préfectorale du 24 février 2021 n'est pas motivée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :
5. Les conclusions des requêtes doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 11 août 2022, qui s'est entièrement substituée à la décision implicite de rejet née le 26 août 2021.
En ce qui concerne la légalité externe :
6. En premier lieu, par une décision du 27 septembre 2021, publiée au Journal officiel de la République française le 3 octobre 2021, M. A, nommé directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité par décret du 19 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française du lendemain, a accordé à M. D B, chef du bureau des affaires juridiques à la sous-direction de l'accès à la nationalité française, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire manque en fait.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation de la postulante. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondé. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation de Mme C.
En ce qui concerne la légalité interne :
8. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.
9. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que son loyalisme envers la France n'était pas garanti, celle-ci étant défavorablement connue des services spécialisés de sécurité en raison de ses liens avec la mouvance salafiste et pro-jihadiste.
10. En premier lieu, à l'appui du motif exposé au point 9, le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit une note blanche de la direction générale de la sécurité intérieure du 17 novembre 2022. Il indique que cette note vient préciser des éléments évoqués dans une note de ce même service du 10 août 2022, laquelle ne peut être communiquée à la requérante en application des dispositions du d) du 2° de l'article L.'311-5 du code des relations entre le public et l'administration en vertu desquelles ne sont pas communicables les documents administratifs dont la communication porterait atteinte à la sûreté de l'État, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations. Il en va de même s'agissant du compte rendu de l'entretien administratif du 4 mars 2020 auquel Mme C a été convoquée. Il en résulte que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le ministre de l'intérieur n'a pas respecté le principe du contradictoire en ne communiquant pas le compte-rendu de cet entretien.
11. En second lieu, il ressort des termes de cette note blanche qu'un des fils de Mme C s'est signalé par son relationnel avec des individus adhérents à des thèses pro-jihadistes, notamment avec deux frères pro-jihadistes cousins éloignés de la requérante, ainsi que l'auteur d'un attentat commis à Paris le 2 mai 2018. En outre, lors de l'entretien administratif du 4 mars 2020, Mme C a réfuté tout contact entre son fils et des individus évoluant au sein de la mouvance jihadiste, dont les frères en question, alors qu'elle ne pouvait ignorer ce relationnel compte-tenu des liens familiaux existant. Cette note conclut que l'environnement familial de Mme C est directement engagé dans la mouvance salafiste et pro-jihadiste, et que son loyalisme envers notre pays et ses institutions n'est pas avéré. Si la requérante conteste les liens de son fils avec l'islam radical, avoir eu la connaissance d'un comportement radical de la part de son fils, et avoir un quelconque lien avec la mouvance pro-salafiste et pro-jihadiste, elle ne produit toutefois aucun élément précis et circonstancié de nature à remettre en cause la valeur probante de la note du ministre de l'intérieur. Dans ces conditions, en prenant en compte les liens de Mme C avec la mouvance salafiste et pro-jihadiste, le ministre a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de naturalisation de la requérante pour ce motif.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme C, veuve F, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées. Il en va de même des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme C, veuve F, sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, veuve F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le rapporteur,
E. BRÉMOND
Le président,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
2, 2213736
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026