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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112786

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112786

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantWAK-HANNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Wak-Hanna, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de l'admettre à titre exceptionnel au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré 24 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant tunisien, né le 14 mai 1980, est entré en France le 1er septembre 2013, selon ses déclarations. Une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre le 22 novembre 2016, à la suite de laquelle il est retourné volontairement dans son pays d'origine le 3 juin 2018. Il est, par la suite, retourné en France. Il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 14 octobre 2021 dont M. A demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article ne peut qu'être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Cet article ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. A a vécu en France environ huit ans à la date de la décision contestée, avec un séjour interrompu en 2018 par un retour en Tunisie, où le requérant soutient, sans toutefois étayer cette allégation d'éléments probants, être resté trois mois. Toutefois, il est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas avoir noué sur le territoire français des liens personnels ou familiaux intenses, anciens et stables. En revanche, il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles en Tunisie, où il a vécu jusqu'à ses trente-trois ans et où vivent ses parents et ses deux sœurs. Il n'a donc pas fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. S'il ressort des relevés de carrières et des bulletins de salaires de l'intéressé qu'il a occupé divers emplois durant environ six ans en France, dont quelques quatre années en tant que pâtissier oriental salarié, il a exercé ces activités en situation irrégulière. Compte tenu de la nature de ces activités et de leurs conditions d'exercice, elles ne permettent pas de le regarder comme durablement inséré en France. Enfin, il n'est pas établi, contrairement à ce que soutient le requérant, que les affections dont il souffre ne pourraient pas faire l'objet d'un traitement médical en Tunisie, ni d'une prise en charge médicale par l'assurance maladie de ce pays. Ainsi, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit et ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, les éléments que fait valoir le requérant, tant sur la durée de son séjour en France que sur son expérience professionnelle et les pathologies dont il souffre, ne constituent ni des considérations humanitaires, ni des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Il suit de là que le préfet, qui dispose d'un large pouvoir pour apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un étranger, n'a pas entaché le refus de titre en litige d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Wak-Hanna et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. B

Le président,

S. DEGOMMIER

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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