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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113988

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113988

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantLESCS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 décembre 2021 et le 16 mai 2022, M. E C et Mme D A, représentés par Me Lescs, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 20 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 19 juillet 2021 des autorités consulaires françaises à Conakry (Guinée) refusant de délivrer à Mme D A un visa de long séjour en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de la demande de visa dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision des autorités consulaires françaises est entachée d'un défaut de motivation ;

- la demande de visa de Mme A n'a pas été instruite dans un délai raisonnable en méconnaissance des dispositions de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision des autorités consulaires françaises méconnaît le droit d'être entendu qui a été consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des actes civils produits ;

- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que Mme A doit être regardée comme la concubine de M. C et qu'elle réunit les conditions pour bénéficier d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant guinéen, né le 6 juillet 1996, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 6 juillet 2018. Mme D A, qu'il présente comme sa concubine, a déposé une demande de visa de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Conakry, en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par une décision du 19 juillet 2021, ces autorités ont refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 20 novembre 2021, dont M. C et Mme A demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite, intervenue le 20 novembre 2021, de cette commission s'est substituée à la décision du 19 juillet 2021 des autorités consulaires françaises en Guinée. Il en résulte que les moyens tirés du défaut de motivation de cette décision consulaire et du non-respect des délais d'instruction de la demande de visa présentée par Mme A sont inopérants et doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours. Il suit de là que le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision est inopérant et doit, dès lors, être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la demandeuse de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et approfondi.

4. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. Lorsqu'il présente une demande de visa puis sollicite le réexamen de sa demande de visa devant la commission de recours, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche volontaire, ne saurait ignorer que cette demande est susceptible de faire l'objet d'un refus sans avoir été préalablement convoqué à un entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu, protégé par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à le supposer soulevé contre la décision implicite de la commission de recours, doit être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; ()". Et aux termes de l'article L. 561-5 : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais ()".

6. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par Mme A, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressée ne justifie pas d'une vie commune suffisamment stable et continue avec M. C avant l'introduction par ce dernier de sa demande d'asile.

7. Les requérants soutiennent que Mme A doit être regardée comme la concubine de M. C au sens et pour l'application des dispositions du 2°) de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait déclaré l'existence de Mme A lors de sa demande d'asile. Si le réunifiant a précisé à l'OFPRA qu'il a été marié en 2013, sans son consentement, à sa cousine alors qu'il avait initialement prévu de se marier " avec une autre fille ", il n'a jamais précisé que cette dernière était Mme A. En outre, si les requérants produisent, d'une part, un certificat de mariage religieux qui mentionne qu'ils se sont mariés le 23 août 2015 à Conakry, d'autre part, la fiche familiale de référence renseignée le 12 septembre 2018 par M. C auprès de l'OFPRA dans laquelle il a déclaré Mme A comme sa concubine, ces seules pièces ne suffisent pas à démontrer l'existence d'une vie commune stable et continue avant l'introduction par le réunifiant, au mois de juillet 2017, de sa demande d'asile. Enfin, si les requérants versent aux débats quatre photographies, non datées et non circonstanciées, des justificatifs de transferts d'argent, qui ne comportent aucune date, quelques justificatifs d'échanges par messagerie électronique particulièrement récents, deux attestations de proches, ces éléments ne permettent pas davantage d'établir l'existence d'une vie commune avant le dépôt par M. C de sa demande d'asile. Il en est de même de la circonstance que M. C se soit rendu au Sénégal au mois de mars 2022, soit postérieurement à la décision attaquée. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit, ni d'une erreur de fait ni d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité au motif que Mme A ne peut être regardée comme la concubine de M. C.

8. En cinquième lieu, la circonstance que les documents d'état civil produits par les requérants présentent un caractère authentique est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

9. En dernier lieu, dès lors que les éléments produits par les requérants ne suffisent pas à démontrer l'existence d'une vie commune stable et continue, tant avant qu'après l'introduction par M. C de sa demande d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit également être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme D A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

M. Sarda, premier conseiller,

Mme Beyls, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. B

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2113988

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