lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2113990 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | BELLA ETOUNDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 décembre 2021, le 18 décembre 2021 et le 26 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Bella Etoundi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision des autorités consulaires françaises au Cameroun refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité à compter de la notification de la décision à intervenir, au besoin sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son dossier de demande de visa était complet ;
- l'administration n'a pas sollicité la production de pièces ou d'informations complémentaires pour justifier du bien-fondé de sa demande ;
- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'éducation, du décret du 13 mai 1971 modifié par le décret du 31 décembre 1981 ainsi que le principe d'autonomie administrative des universités ;
- la décision des autorités consulaires et la décision de la commission de recours sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, son projet d'études présente un caractère cohérent et sérieux, d'autre part, elle n'a aucune intention migratoire et, enfin, elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la santé publique ;
- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que sa demande de visa n'est pas devenue sans objet ;
- la décision des autorités consulaires et la décision de la commission de recours sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions posées par les articles 6 et 7 de la directive européenne 2004/114/CE du Conseil du 13 décembre 2004 ;
- elles portent atteinte à son droit à l'éducation ;
- elles méconnaissent le principe d'égalité de traitement et de non-discrimination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée est également fondée sur le risque d'utilisation abusive ou frauduleuse du visa sollicité à fin d'études.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2004/114/CE du Conseil du 13 décembre 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de Mme Robert-Nutte, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante camerounaise, née le 14 décembre 2001, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité d'étudiante auprès des autorités consulaires françaises au Cameroun. Ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 3 novembre 2021, dont Mme A demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par Mme A, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que la date limite de rentrée tardive des cours à l'université Paris Dauphine étant dépassée, sa demande de visa pour études, sollicitée à cette seule fin, est devenue sans objet.
3. Toutefois, la circonstance, à la supposer établie, qu'à la date de la décision attaquée, la date limite de rentrée des cours à l'université Paris Dauphine était dépassée, n'a pas eu pour effet de priver d'objet la demande de visa de Mme A. Par suite, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur de droit en refusant de lui délivrer, pour ce motif, un visa de long séjour pour études.
4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre de l'intérieur fait valoir, dans son mémoire en défense communiqué à la requérante, qu'il existe un risque d'utilisation abusive ou frauduleuse du visa sollicité à fin d'études.
6. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour. () ". Aux termes de l'article R. 312-2 du même code : " () Les autorités diplomatiques et consulaires sont tenues de statuer sur les demandes de visa de long séjour formées par les conjoints de Français et les étudiants dans les meilleurs délais ". Lorsque la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est saisie d'un recours dirigé contre une décision consulaire refusant un visa de long séjour en qualité d'étudiant, elle peut fonder sa décision de refus sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé. Elle peut, en outre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont elle dispose, fonder sa décision sur tout motif d'ordre public ou toute considération d'intérêt général, tirée notamment du défaut de caractère cohérent et sérieux des études envisagées ou du risque que l'intéressé entende, sous couvert de sa demande de visa, mener à bien un projet d'installation d'une autre nature sur le territoire national.
7. Mme A s'est inscrite, au titre de l'année académique 2021-2022, en troisième année de licence " management et gestion des organisations " à l'université Paris Dauphine. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a obtenu son baccalauréat en 2019 en France et qu'elle a suivi avec succès une première année de licence " administration des entreprises " à l'université Carlos III de Madrid. L'intéressée a également obtenu, dans le même domaine, une deuxième année de licence à l'université Paris Dauphine - antenne de Madrid. En outre, Mme A, dont les résultats universitaires sont globalement satisfaisants, a été sélectionnée, au titre de l'année universitaire 2021-2022, pour participer au programme européen Erasmus+. Compte tenu de ces éléments, la requérante doit être regardée comme justifiant du caractère cohérent et sérieux de son projet d'études. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que Mme A s'est maintenue irrégulièrement dans l'espace Schengen, pendant près de deux ans, après avoir bénéficié en 2017 d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles et qu'elle n'a pas respecté la durée de validité du visa de long séjour qui lui a été délivré en 2019 par les autorités consulaires françaises, en qualité de mineure scolarisée, ces circonstances ne suffisent pas à elles seules à caractériser l'existence d'un risque d'utilisation abusive ou frauduleuse du visa sollicité alors que l'intéressée était mineure à l'époque des faits qui lui sont reprochés. Dans ces conditions, quand bien même la mère et les sœurs de Mme A résident en Espagne, le nouveau motif opposé par le ministre de l'intérieur est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, la demande de substitution de motif qu'il sollicite ne saurait être accueillie.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 3 novembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme A un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Sarda, premier conseiller,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
Le rapporteur,
M. B
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2113990
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026