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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114120

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114120

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 16 décembre 2021, 29 mars 2022 et 28 avril 2022, M. B E A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 août 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut d'information sur les conséquences de l'absence de demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile dans le délai prescrit ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E A, ressortissant guinéen né le 25 mai 1984, a déposé une demande d'asile le 30 août 2019. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par un arrêt du 25 novembre 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 28 avril 2021, M. A a sollicité auprès du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 5 août 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif qu'elle était tardive.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C D, cheffe du bureau du séjour à la préfecture de la Loire-Atlantique. Il ressort de l'arrêté de délégation de signature du 17 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 18 mars 2021, que cette dernière était bien compétente pour signer la décision du 5 août 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée et reprenant les dispositions de l'ancien article L. 311-6, applicable à la date du dépôt de la demande de titre de séjour : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code, reprenant les dispositions de l'ancien article D. 311-3-2 : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

4. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2 citées au point 3, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai. Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre. L'étranger ne peut se prévaloir pour la première fois devant le juge d'une telle circonstance.

5. La tardiveté de la demande de titre formulée par l'étranger ayant présenté une demande d'asile peut constituer l'un des motifs de la décision de refus de titre prise après le rejet définitif de sa demande d'asile ou fonder un refus d'enregistrement de la demande de titre, dont l'étranger sera recevable à demander l'annulation pour excès de pouvoir.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A, contrairement à ce qu'il soutient, a été informé le 30 août 2019 lors de l'enregistrement de sa demande d'asile des conditions, et notamment du délai, dans lesquelles il pouvait solliciter son admission au séjour sur un autre fondement que l'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne justifierait pas que l'information prévue par les anciennes dispositions de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative aux délais dans lesquels il pouvait présenter une demande de titre de séjour ait été portée à sa connaissance, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a formé le 28 avril 2021 une demande de titre de séjour en raison de son état de santé auprès des services de la préfecture de la Loire-Atlantique, sans se prévaloir, devant l'administration, de circonstances nouvelles. Il ressort effectivement du certificat médical du 9 avril 2021, versé par le requérant, que s'il souffre d'un état de stress post-traumatique, il est suivi par un psychiatre à ce titre depuis novembre 2019. Ainsi, cet état de santé est apparu, au plus tard, pendant le délai lui permettant de solliciter un titre de séjour pour raisons de santé. Les pièces qu'il verse au dossier n'établissent par ailleurs pas que son état de santé se serait dégradé postérieurement au délai de trois mois prévu à l'article D. 311-3-2 précité. La demande de titre de séjour du requérant du 28 avril 2021, formée plus de trois mois après l'information qui lui a été remise le 30 août 2019, était ainsi tardive. Dès lors, c'est sans commettre l'erreur de droit qui lui est reprochée que le préfet de la Loire-Atlantique a pu rejeter cette demande pour tardiveté, y compris après le rejet définitif de la demande d'asile de l'intéressé. Pour les mêmes motifs, l'intéressé n'établit pas davantage que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Beyls, conseillère,

M. Huet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. HUET

Le président,

T. GIRAUD

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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