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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114293

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114293

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCRABIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, M. E C, représenté par Me Crabières, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il a été notifié par un agent ne disposant pas d'une délégation de signature pour ce faire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les documents d'état civil produits permettent d'établir son état civil et sa nationalité ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire sans délai :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2, 3° et L. 612-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le récépissé de demande de titre de séjour qui lui a été délivré l'a autorisé à séjourner sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, dès lors qu'elle l'expose à une précarité certaine ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été préalablement entendu et n'a pas pu faire valoir ses observations en application des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il présente de bonnes perspectives d'insertion professionnelle et ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen, déclare être né le 6 août 2000 et entré en France le 25 décembre 2016. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance de la Sarthe par une ordonnance de placement provisoire du 13 février 2017. Sa tutelle a été ouverte et confiée au département de la Sarthe par une ordonnance du 1er mars 2017. Le 4 avril 2018, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par une décision du 12 juillet 2018, le préfet de la Sarthe a refusé de faire droit à cette demande, au motif que l'intéressé ne justifiait pas de son identité. Par un second arrêté du 19 avril 2019, faisant suite à une demande de réexamen de sa situation formée par l'intéressé, le préfet a pris à son encontre un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Le 8 décembre 2020, l'intéressé a sollicité à nouveau son admission au séjour et s'est vu délivrer un récépissé de cette demande. Par un arrêté du 16 décembre 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté du préfet de la Sarthe du 5 novembre 2021, régulièrement publié le même jour, que Mme F, cheffe du bureau du droit au séjour de la préfecture, qui a signé le courrier de notification des décisions attaquées disposait bien de la compétence pour ce faire en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, directeur de la citoyenneté et de la légalité. Il ne ressort pas en revanche des pièces du dossier que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la notification des décisions attaquées ne peut, dès lors et en tout état de cause, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, régulièrement motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Pour refuser de régulariser la situation de séjour de M. C, le préfet de la Sarthe a estimé, tout d'abord, que l'intéressé ne justifie pas de son identité dans les conditions prévues à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, ensuite, qu'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel n'est de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce code.

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, se disant né en 2000, est arrivé en France dans des conditions irrégulières, au mois de décembre 2016 selon ses déclarations. Son séjour en France n'est, ainsi, pas ancien. Célibataire, il n'a, en France, aucune personne à charge. Si, après son arrivée en France, M. C, estimé mineur, a bénéficié d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, une telle situation, résultant de la simple application de la loi à la situation d'un mineur étranger isolé sur le territoire français, ne présente, dans un tel cas, aucun caractère exceptionnel. S'il a été scolarisé en France et a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle en pâtisserie, puis un baccalauréat professionnel dans le domaine de la logistique et poursuivait une formation en alternance en vue d'obtenir un brevet de technicien supérieur en logistique, et a nécessairement noué, dans ce cadre, des relations sociales sur le territoire français, le requérant, qui n'est pas inséré professionnellement en France de manière stable, peut toutefois valoriser les compétences acquises en France ailleurs que dans ce pays et entretenir de telles relations ailleurs qu'en France notamment dans son pays d'origine. Il n'est pas isolé dans son pays d'origine, où vivent notamment son père, son frère et sa sœur. Il ne ressort pas du dossier qu'il n'entretiendrait plus de lien avec sa famille en Guinée. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. C, en particulier la durée et les conditions de son séjour en France ainsi que la nature de ses liens notamment familiaux avec son pays d'origine, le préfet de la Sarthe a pu légalement et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation estimer que l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé sur le fondement des dispositions précitées ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels que l'intéressé aurait fait valoir, alors même qu'il maîtrise le français.

7. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Sarthe aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le motif tiré de l'absence de considération humanitaire ou de motif exceptionnel justifiant l'admission de M. C. Par suite, le moyen tiré du caractère erroné de l'autre motif du refus de titre de séjour et tiré de ce que le requérant ne justifie pas de son identité dans les conditions prévues à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, en toutes ses branches, comme inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".

9. Si la délivrance à M. C, le 10 juin 2021, d'un récépissé de demande de titre de séjour a eu pour effet d'abroger l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 19 avril 2019, l'intéressé s'est pour autant abstenu de mettre en œuvre cette mesure d'éloignement entre la date de notification du jugement par lequel le tribunal a rejeté son recours contre cette décision et celle de la délivrance du récépissé. Contrairement à ce que soutient ce dernier, il s'est donc bien soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent en n'assortissant pas l'obligation de quitter le territoire français en litige d'un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 6 du présent jugement, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. Eu égard notamment à ce qui a été dit au point 6, il n'est pas établi que la décision fixant la Guinée ou tout pays dans lequel M. C est admissible comme pays de renvoi l'exposerait à une précarité certaine. Par suite, le moyen ainsi soulevé contre la décision attaquée ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". La durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont l'autorité administrative assortit l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet un ressortissant étranger auquel aucun délai de départ volontaire n'a été accordé est décidée en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

13. En premier lieu, il ressort des dispositions des articles L. 613-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, en les assortissant le cas échéant d'une interdiction de retour. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision d'interdiction de retour prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En second lieu, M. C, qui s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement, ne séjournait en France que depuis cinq ans, à la date de la décision attaquée et n'avait pas noué pas ce pays des liens personnels intenses et stables. Par suite, et alors même qu'il aurait présenté des perspectives d'intégration professionnelle dans ce pays, compte tenu notamment des formations suivies, et que sa présence ne comporte pas de menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour d'un an.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Crabières et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. D

Le président,

A. B DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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