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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114358

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114358

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantHAMDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, Mme C A épouse E, représentante légale de Fanta B, représentée par Me Hamdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 4 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 27 septembre 2021 des autorités consulaires françaises à Abidjan refusant de délivrer à Fanta B un visa de long séjour en qualité de mineure à scolariser ;

2°) d'enjoindre au consul général de France à Abidjan le visa sollicité, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des conditions de séjour de la demanderesse de visa en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur le caractère abusif ou frauduleux de cette demande de visa ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C A épouse E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les conclusions de Mme Robert-Nutte, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Une demande de visa de long séjour en qualité de mineure à scolariser au bénéfice de Fanta B, ressortissante ivoirienne née le 14 avril 2011, a été présentée auprès des autorités consulaires françaises à Abidjan (Côte-d'Ivoire). Par une décision en date du 27 septembre 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 4 décembre 2021, dont Mme C A épouse E, agissant en qualité de représentante légale de l'enfant mineure C B, demande au tribunal l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 4 décembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

2.D'une part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

3.D'autre part, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour. La durée de validité de ce visa ne peut être supérieure à un an. () ". En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à un étranger désirant se rendre en France aux fins d'être scolarisé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation à cet égard, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais sur toute considération d'intérêt général, dans le cadre d'une analyse adaptée à la nature du visa sollicité et dans le respect des engagements internationaux de la France.

4.Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que pour rejeter la demande de visa présentée pour Fanta B, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que Mme A épouse E ne dispose ni de l'autorité parentale sur cette enfant, ni de ressources suffisantes pour l'accueil de celle-ci en France, alors que l'enfant peut poursuivre sa scolarisation en Côte d'Ivoire.

5.L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. En l'espèce, Mme A produit une ordonnance de délégation volontaire de l'autorité parentale rendue le 23 décembre 2020 par le tribunal de première instance d'Abidjan, lui conférant l'exercice exclusif de l'autorité parentale à l'égard de sa nièce C B et de son neveu D B. Si une attestation devant le juge des tutelles de ce tribunal, rendue le même jour à la demande de sa mère biologique, l'autorise à se rendre chez Mme A et mentionne avoir été dressée " dans le cadre du regroupement familial ", cette seule mention ne suffit à établir que cette décision juridictionnelle de délégation de l'autorité parentale aurait été rendue sur la base de fausses informations, et par suite à la priver de caractère probant. Ainsi, Mme A doit être regardée comme seule titulaire de l'autorité parentale à l'égard de l'enfant Fanta B à la date de la décision attaquée. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme A et son mari ont déclaré pour l'année 2021 un revenu imposable de 44 129 euros, pour un foyer composé de deux adultes et trois enfants mineurs. Ces ressources sont suffisantes pour l'accueil de la jeune demanderesse de visa. Sont, en outre, produits les justificatifs de l'inscription de celle-ci à l'école primaire en France. Ainsi, les conditions d'accueil en France de cette enfant apparaissent conformes à son intérêt. Dans ces conditions, en fondant sa décision sur les motifs précédemment exposé, la commission de recours a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6.Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7.Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'un visa de long séjour soit délivré à l'enfant Fanta B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8.Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 4 décembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Fanta B un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C A épouse E la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse E et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

La rapporteure,

S. F

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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