lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2114485 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | CABARET |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2114485, le 22 décembre 2021, des pièces complémentaires enregistrées le 24 décembre 2021, et un mémoire enregistré le 1er mai 2022, M. E C, représenté par Me Cabaret, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Oran (République algérienne démocratique et populaire) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de faire procéder au réexamen de la situation dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2114486, le 22 décembre 2021, des pièces complémentaires enregistrées le 24 décembre 2021, et un mémoire enregistré le 1er mai 2022, Mme A B épouse D, représentée par Me Cabaret, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Oran (République algérienne démocratique et populaire) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de faire procéder au réexamen de la situation dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Desimon, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2114485 et 2114486 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. C, ressortissant algérien né le 7 février 1951 et son épouse, Mme B épouse C, ressortissante algérienne née le 23 mars 1955, ont sollicité de l'autorité consulaire française à Oran la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour. Un refus leur a été opposé. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 312-3 du même code, a rejeté le recours dirigé contre ce refus par décision du 20 octobre 2021. Le requérant et la requérante doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum. () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'annexe II du même règlement : " Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l'article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : / A. DOCUMENTS RELATIFS À L'OBJET DU VOYAGE / 1) pour des voyages à caractère professionnel : / a) l'invitation d'une entreprise ou d'une autorité à participer à des entretiens, à des conférences ou à des manifestations à caractère commercial, industriel ou professionnel ; / b) d'autres documents qui font apparaître l'existence de relations commerciales ou professionnelles ; / c)les cartes d'entrée à des foires et à des congrès, le cas échéant ;/ d )les documents attestant les activités de l'entreprise ;/ e) les documents attestant le statut d'emploi du demandeur dans l'entreprise ; () / B. DOCUMENTS PERMETTANT D'APPRECIER LA VOLONTE DU DEMANDEUR DE QUITTER LE TERRITOIRE DES ETATS MEMBRES : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d'emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l'intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle. ".
4. L'administration a relevé dans sa décision les éléments suivants : " () Les documents présentés pour justifier l'objet et les conditions du séjour professionnel sollicité ne sont pas suffisamment probants. / - Dans ces conditions, et compte tenu de la situation personnelle des demandeurs, dont 3 enfants résident en France, qui ont sollicité des titres de séjour (refusés, Mme A B ayant fait l'objet d'une OQTF le 24/09/2019 et son conjoint s'étant maintenu irrégulièrement en France), cette demande de visa de court séjour, sollicitée pour raisons professionnelles, présente un risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins. ". Le ministre entend étayer ces éléments par les écritures qu'il présente en défense.
5. Contrairement à ce que fait valoir l'administration, il n'existe aucun doute quant à l'objet du voyage qu'ont entendu entreprendre M. et Mme C, à savoir entretenir des relations avec des partenaires commerciaux, au vu des nombreuses pièces et précisions apportées.
6. Ensuite, la partie requérante conteste avec précision la situation telle qu'elle est analysée et présentée par l'administration. Elle met ainsi en avant que Mme C a été mise en possession d'un titre de séjour valable du 28 mai 2015 au 27 mai 2016, renouvelé jusqu'au 26 février 2018, et qu'elle avait été titulaire d'un visa d'entrée et de court séjour à entrées multiples valable du 24 novembre 2014 au 23 novembre 2019. Les intéressés allèguent, sans être contredits, que Mme C a regagné l'Algérie avant même la notification de l'arrêté préfectoral lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, de sorte qu'elle ne s'est jamais trouvée en situation irrégulière au regard du droit au séjour. S'agissant de M. C, la partie requérante fait la démonstration que l'intéressé ne s'est jamais maintenu irrégulièrement en France, et expose de manière détaillée les raisons pour lesquelles une demande de certificat de résidence algérien a été introduite.
7. Enfin, la partie requérante rappelle que si ses trois enfants aînés résident effectivement en France, les quatre cadets de la famille résident en Algérie. M. et Mme C soutiennent que leur situation professionnelle leur assure une bonne situation matérielle et concrétise en elle-même les attaches qu'ils ont avec leur pays de résidence. Les intéressés rappellent qu'ils n'entendent pas abandonner leurs enfants et ne souhaitent pas s'établir durablement en France.
8. Au vu de tous les éléments contradictoirement débattus par les parties, l'administration ne peut être regardée comme se prévalant d'éléments tangibles de nature à laisser à penser qu'il existerait un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires ou à d'autres fins que réaliser principalement un séjour d'ordre professionnel. Dans ces conditions, la partie requérante est fondée à soutenir que l'administration a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la partie requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. C et Mme B épouse C les visas d'entrée et de court séjour sollicités. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de leur faire délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement aux requérants, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens, de la somme globale de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 20 octobre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer un visa d'entrée et de court séjour à M. C et Mme B épouse C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme globale de 1 200 euros aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et Mme A B épouse D, et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Desimon, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. DESIMONLa présidente,
S. RIMEU La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2, 2114486
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026