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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114504

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114504

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantWOZNIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2021, M. D B, représenté par Me Wozniak, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 47 du code civil ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 8 octobre 1984, déclare être entré en France le 10 septembre 2018, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour sans préciser le fondement de sa demande, qui a été examinée au titre des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant d'être rejetée par un arrêté du 25 novembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision refusant d'admettre le requérant au séjour en France. Il en résulte que cette décision est motivée. En conséquence et conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il en va de même de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il ne ressort pas davantage des termes de l'arrêté attaqué que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'un défaut de motivation. Enfin, il ne ressort ni de cette motivation, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B en fixant le pays de destination.

4. En deuxième lieu, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de la Sarthe s'est fondé, d'une part, sur le motif tiré de ce que le requérant ne justifiait pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, d'autre part, sur le fait que M. B n'a produit aucun motif exceptionnel ni aucune circonstance humanitaire de nature à justifier son maintien sur le territoire, enfin, sur le fait qu'il a produit à l'appui de sa demande des documents d'état civil non probants.

5. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Il n'est pas sérieusement contesté que M. B, titulaire d'un visa de court séjour valable du 9 au 19 septembre 2018, est entré en France entre ces deux dates. Sa présence en France demeure ainsi récente à la date de l'arrêté attaqué. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant, se prévaut de sa relation avec Mme A, ressortissante congolaise, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 2 août 2019. Toutefois, il ressort de la fiche individuelle du 5 octobre 2021 produite par le préfet de la Sarthe que le requérant ne s'est pas prévalu de cette relation à l'appui de sa demande de titre de séjour, qui était en outre récente à la date de la décision attaquée. De même, M. B n'apporte aucune précision sur leur vie commune, se bornant à faire état d'une " relation stable et durable ". Par ailleurs, si M. B se prévaut de la présence en France de son frère, et de ce qu'il n'a plus d'attaches familiales hors de France, dès lors que sa mère, Mme C, est décédée, il n'apporte aucun élément précis susceptible d'étayer ses allégations. En outre son père résidait au Congo à la date de la décision attaquée. Ainsi, et dès lors que M. B a vécu au Congo jusqu'à l'âge de trente-quatre ans, il ne justifie pas de ce qu'il n'aurait plus d'attaches sociales, familiales ou culturelles dans son pays d'origine ainsi qu'il l'allègue. Enfin, si le requérant fait valoir que le préfet ne pouvait lui demander d'apporter la preuve de son insertion professionnelle en France dès lors qu'en l'absence de titre de séjour, il ne pouvait travailler, cette circonstance ne l'empêchait pas de rechercher un emploi afin d'obtenir une promesse d'embauche, ce dont il ne justifie pas. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour du requérant en France, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en refusant de régulariser sa situation de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle du requérant.

7. D'autre part, eu égard aux motifs exposés au point 6, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. B n'a justifié d'aucun motif exceptionnel ni aucune circonstance humanitaire de nature à justifier son maintien sur le territoire sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Enfin il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les motifs analysés au point 6 et 7 du présent jugement. Par suite, le moyen invoqué par l'intéressé tiré de ce que ses documents d'état civil seraient authentiques, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIER

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUTLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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