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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200027

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200027

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantBELLA ETOUNDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er janvier 2021 et le 4 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Bella Etoundi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 1er décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 24 septembre 2021 des autorités consulaires françaises au Cameroun refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le droit à l'éducation garanti par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les articles 6 et 7 de la directive 2004/114/CE du 13 décembre 2004 ;

- elle est discriminatoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Dongmo, substituant Me Bella Etoundi, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante camerounaise, née le 13 juillet 1993, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité d'étudiante auprès des autorités consulaires françaises au Cameroun. Par une décision en date du 24 septembre 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 1er décembre 2021, dont Mme C demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

2. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour. () ". Aux termes de l'article R. 312-2 du même code : " () Les autorités diplomatiques et consulaires sont tenues de statuer sur les demandes de visa de long séjour formées par les conjoints de Français et les étudiants dans les meilleurs délais ". Lorsque la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est saisie d'un recours dirigé contre une décision consulaire refusant un visa de long séjour en qualité d'étudiant, elle peut fonder sa décision de refus sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé. Elle peut, en outre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont elle dispose, fonder sa décision sur tout motif d'ordre public ou toute considération d'intérêt général, tirée notamment du défaut de caractère sérieux des études envisagées ou du risque que l'intéressé entende, sous couvert de sa demande de visa, mener à bien un projet d'installation d'une autre nature sur le territoire national.

3. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par Mme C, la commission de recours s'est fondée sur le motif tirés de ce que son projet d'études ne présente pas de caractère cohérent et sérieux de sorte qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

4. Mme C s'est inscrite, au titre de l'année académique 2021-2022, en première année de master en expertise en gérontologie à la Sorbonne-Université. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a obtenu en 2010 un baccalauréat scientifique et qu'elle a suivi six années d'études en médecine humaine à l'université d'Antananarivo à l'issue desquelles elle a obtenu le 1er avril 2021 un diplôme d'Etat de docteur en médecine mention très honorable-proposition au prix de thèse et félicitations du jury. Quand bien même son inscription en master en expertise en gérontologie ne correspondrait pas à son premier souhait de formation en France, il est constant qu'elle a été admise par inscription directe dans ce cursus, qui correspond à son second souhait de formation. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que les services de coopération et d'action culturelle (SCAC) de l'ambassade de France au Cameroun ont estimé ce projet d'études en France cohérent avec son parcours antérieur. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que pour suivre ce master, l'université recommande aux étudiants d'avoir reçu une formation de base à la gérontologie, elle n'en fait pas pour autant, contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur en défense, un prérequis indispensable au suivi de ce cursus. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de visa de Mme C au motif tiré de l'absence de cohérence et de sérieux de son projet d'études, et en conséquence, d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard à ces motifs, et sous réserve d'une inscription en master en expertise en gérontologie à la Sorbonne université pour la prochaine année universitaire, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour en qualité d'étudiante soit délivré à Mme C, et ce, dans un délai de deux mois suivant sa notification. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 1er décembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme C un visa de long séjour en qualité d'étudiant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Beyls, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteure,

S. A

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200027

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