lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | BELLA ETOUNDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 janvier 2022 et le 13 avril 2022, Mme B C, représentée par Me Bella Etoundi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 4 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 28 septembre 2021 des autorités consulaires françaises au Cameroun refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité à compter de la notification de la décision à intervenir, au besoin sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son dossier de demande de visa était complet ;
- l'administration n'a pas sollicité la production de pièces ou d'informations complémentaires pour justifier du bien-fondé de sa demande ;
- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'éducation, du décret du 13 mai 1971 modifié par le décret du 31 décembre 1981 ainsi que le principe d'autonomie administrative des universités ;
- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, son projet d'études présente un caractère cohérent et sérieux, d'autre part, elle justifie des conditions de son séjour en France et, enfin, elle n'a aucune intention migratoire et ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la santé publique ;
- elle remplit les conditions posées par les articles 6 et 7 de la directive européenne 2004/114/CE du Conseil du 13 décembre 2004 ;
- la décision des autorités consulaires et la décision de la commission de recours portent atteinte à son droit à l'éducation ;
- elles méconnaissent le principe d'égalité de traitement et de non-discrimination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante camerounaise, née le 12 septembre 2001, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité d'étudiante auprès des autorités consulaires françaises au Cameroun. Par une décision en date du 28 septembre 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 4 décembre 2021, dont Mme C demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission, née le 4 décembre 2021, s'est substituée à la décision du 28 septembre 2021 des autorités consulaires françaises au Cameroun. Il en résulte que les moyens dirigés contre cette décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme C, la seule circonstance que son dossier de demande de visa était complet, n'imposait pas à l'autorité administrative compétente de lui délivrer le visa de long séjour sollicité.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur () ". L'administration, qui n'est tenue de solliciter que la production de documents limitativement énumérés par les textes législatifs et réglementaires en vigueur, n'est pas tenue d'inviter spontanément un demandeur de visa à produire d'autres pièces de nature à justifier du bien-fondé de sa demande. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait dû adresser à la requérante une demande de renseignements ou de pièces complémentaires, en application de ces dispositions, ne peut qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation, à le supposer soulevé à l'encontre de cette décision implicite, est inopérant et doit, dès lors, être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme C n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et approfondi.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour. () ". Aux termes de l'article R. 312-2 du même code : " () Les autorités diplomatiques et consulaires sont tenues de statuer sur les demandes de visa de long séjour formées par les conjoints de Français et les étudiants dans les meilleurs délais ". Lorsque la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est saisie d'un recours dirigé contre une décision consulaire refusant un visa de long séjour en qualité d'étudiant, elle peut fonder sa décision de refus sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé. Elle peut, en outre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont elle dispose, fonder sa décision sur tout motif d'ordre public ou toute considération d'intérêt général, tirée notamment du défaut de caractère cohérent et sérieux des études envisagées ou du risque que l'intéressé entende, sous couvert de sa demande de visa, mener à bien un projet d'installation d'une autre nature sur le territoire national.
7. Il ressort des termes du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par Mme C, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'en l'absence de caractère cohérent et sérieux de son projet d'études, il existe un risque de détournement de l'objet du visa sollicité.
8. Mme C s'est inscrite, au titre de l'année académique 2021-2022, en première année du cycle préparatoire intégré à l'école d'ingénieur ECAM-EPMI située à Grasse. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a obtenu en 2020, au Cameroun, un " general certificate of education ", diplôme équivalent au baccalauréat. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante s'est inscrite en novembre 2020 en première année de sciences mathématiques à l'université de Yaoundé I. Toutefois, d'une part, la requérante ne démontre pas avoir achevé cette dernière formation, d'autre part, il ressort des pièces du dossier que le service de coopération et d'action culturelle (SCAC) de l'ambassade de France au Cameroun a émis un avis défavorable au projet d'études de Mme C au motif que, si celui-ci est cohérent, il repose sur " un cursus juste passable ". Les éléments avancés par la requérante ne permettent pas de remettre en cause la teneur de cet avis et les affirmations du ministre selon lesquelles la requérante a obtenu des notes inférieures à la moyenne, dans les matières scientifiques, en classe de terminale. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C serait dans l'impossibilité de suivre une formation équivalente dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en se fondant, pour refuser de délivrer à Mme C un visa de long séjour, sur le défaut de caractère sérieux des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressée sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.
9. En sixième lieu, si la requérante soutient qu'elle justifie des conditions de son séjour en France et qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la santé publique, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard aux motifs sur lesquels elle se fonde.
10. En septième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'éducation, de celles du décret du 13 mai 1971 modifié par le décret du 31 décembre 1081 et du principe d'autonomie administrative des universités dès lors que la décision contestée n'a pas pour objet de statuer sur l'accès d'un étudiant à une formation d'enseignement supérieur mais sur la délivrance à un ressortissant étranger d'un visa de long séjour pour études. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
11. En huitième lieu, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans un arrêt du 10 septembre 2014 n° C-491/13, rien n'empêche les Etats membres d'exiger toutes les preuves nécessaires pour évaluer la cohérence de la demande d'admission à des fins d'études afin d'éviter toute utilisation abusive ou frauduleuse de la procédure. Ainsi, alors même que la requérante remplirait les conditions fixées par les articles 6 et 7 de la directive 2004/114/CE du Conseil du 13 décembre 2004, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en se fondant sur le motif cité au point 7, n'a pas méconnu les objectifs de cette directive, laquelle a en tout état de cause été abrogée à compter du 24 mai 2018.
12. En neuvième lieu, comme mentionné au point 8, Mme C n'établit pas que la formation qu'elle souhaite suivre n'aurait pas son équivalent au Cameroun. En tout état de cause, le droit à l'éducation, tel qu'il est notamment protégé par les dispositions de l'article 14 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ne saurait conférer un droit à tout ressortissant étranger souhaitant venir étudier en France à obtenir un visa à cette fin. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait son droit à l'éducation.
13. En dernier lieu, dès lors que la décision attaquée est fondée sur le défaut de caractère sérieux des études envisagées et que Mme C n'établit pas être dans une situation analogue à celle d'une personne ayant obtenu la délivrance d'un visa de long séjour pour études, les moyens tirés de la méconnaissance des principes de non-discrimination et d'égalité de traitement doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Sarda, premier conseiller,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
Le rapporteur,
M. A
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2200037
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026