lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200275 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 janvier 2022 et le 11 mars 2022, M. G A et Mme F C, agissant en leurs noms et en tant que représentants légaux de Abdourahmane A, Ibrahima A, Thierno Nouhou A, Mohamed A et Mouhamadou Aliou A, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du 2 décembre 2020 des autorités consulaires françaises à Dakar refusant de délivrer à Mme F C, Abdourahmane A, Ibrahima A, Thierno Nouhou A, Mohamed A et Mouhamadou Aliou A un visa de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de leur délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de leurs demandes de visas dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours méconnaît les dispositions de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette même décision est entachée d'une erreur d'appréciation, tant au regard des actes d'état civil produits que de la possession d'état ;
- elle est également entachée d'une erreur d'appréciation quant au caractère partiel de la demande de réunification familiale ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 8 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Lechat-Blin, substituant Me Régent, avocate de M. A et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. G A, ressortissant guinéen, né le 7 février 1978, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 6 juin 2018. Mme F C, qu'il présente comme son épouse, ainsi que Abdourahmane A, Ibrahima A, Thierno Nouhou A, Mohamed A et Mouhamadou Aliou A, nés respectivement le 14 janvier 2007, le 25 novembre 2009, le 1er février 2013, le 3 février 2015 et le 17 juillet 2018, qu'il présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Dakar, en qualité de membres de famille de réfugié. Par des décisions du 2 décembre 2020, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 31 mars 2021, dont M. A et Mme C demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable et recodifié désormais aux articles L. 561-2 à L. 561-5 du même code : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. / II.- Les articles L. 411-2 à L. 411-4 et le premier alinéa de l'article L. 411-7 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. / Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. / Pour l'application du troisième alinéa du présent II, ils produisent les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 721-3 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable et recodifié désormais à l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
4. Enfin, aux termes de l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable et désormais recodifié à l'article L. 434-1 du même code, applicable à la procédure de la réunification familiale en vertu des dispositions du premier alinéa du II de l'article L. 752-1 de ce code : " () / Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 411-1 à L. 411-3. Un regroupement partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. " Il résulte de ces dispositions que si la réunification familiale doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier, une réunification familiale partielle peut être autorisée à titre dérogatoire si l'intérêt des enfants le justifie.
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter le recours formé par M. A, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, ses déclarations devant l'OFPRA et lors de sa demande de réunification familiale ne sont pas constantes, d'autre part, les documents d'état civil produits ne sont pas conformes aux articles 170, 174, 177, 178, 179 et 183 du code civil guinéen et à l'article 278 du code de l'enfant guinéen et n'ont pas été légalisés par le ministère des affaires étrangères guinéen, par ailleurs, les passeports des demandeurs de visas ont été établis sur la base d'autres actes de naissance. La commission de recours a ainsi estimé que l'identité des demandeurs de visas et leur lien familial avec le réunifiant ne sont pas établis. Par ailleurs, cette commission a relevé qu'aucune demande de visa n'a été déposée pour un des six enfants mineurs de M. A, rompant ainsi le principe d'unité familiale dont s'était initialement prévalu ce dernier auprès de l'OFPRA, alors que le jugement de délégation de l'autorité parentale concernant cet enfant, né le 25 novembre 2009, n'est pas conforme à l'article 473 du code civil guinéen.
En ce qui concerne Abdourahmane A et Mouhamadou Aliou A :
6. En premier lieu, les requérants produisent, pour justifier de l'identité des demandeurs de visas et de leur lien de filiation, des jugements supplétifs n°2058 et n°976, rendus le 21 novembre 2018 et le 4 juillet 2019 par le tribunal de première instance de Mamou, qui mentionnent que Abdourahmane A et Mouhamadou Aliou A sont nés respectivement le 14 janvier 2007 et le 17 juillet 2018 et qui font état de leur lien de filiation avec le réunifiant. Ils produisent également les actes de naissance n°1126 et n°604 et dressés en transcription de ces deux jugements ainsi que les passeports des demandeurs de visas.
7. La commission de recours a retenu que les documents d'état civil produits ont été établis en méconnaissance des dispositions des articles 170, 174, 177, 178, 179 et 183 du code civil guinéen. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que, sur les jugements supplétifs produits comme sur les actes dressés en transcription, le ou les prénoms des enfants précèdent leur nom conformément aux dispositions de l'article 170 du code civil guinéen. D'autre part, il ne résulte pas des dispositions des articles 174 et 183 du même code qu'elles seraient applicables aux jugements supplétifs et aux actes de naissance dressés en transcription. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les actes de naissance n°1126 et n°604 auraient été établis en méconnaissance des articles 177, 178, 179 de ce code qui sont relatifs à la tenue des registres d'état civil. Par ailleurs, si la commission de recours a également relevé que les actes d'état civil produits méconnaissent l'article 278 du code de l'enfant guinéen, elle n'apporte aucune précision utile à l'appui de cette affirmation alors que ces dispositions sont relatives aux règles de dévolution de l'autorité parentale. Si le ministre de l'intérieur fait également valoir que le tribunal n'aurait pas été saisi par un tiers habilité, cette circonstance n'est pas de nature à établir que cette décision juridictionnelle étrangère, dont il n'appartient pas au juge national d'apprécier le bien-fondé, aurait été obtenue frauduleusement. Si la commission de recours a relevé que les passeports produits par Abdourahmane A et Mouhamadou Aliou A ont été établis sur la base d'autres actes de naissance, il ressort des pièces du dossier que ces passeports, délivrés le 23 août 2019, comportent un numéro d'identification unique sur lequel sont portés aux 11ème, 12ème et 13ème rangs les chiffres " 126 " et " 604 " qui correspondent aux trois derniers numéros de l'acte de naissance n°1126 et aux trois numéros de l'acte n°604, démontrant ainsi qu'ils ont été établis sur la présentation de ces documents d'état civil. Si le ministre indique que ces documents n'ont pas été légalisés par le ministère guinéen des affaires étrangères, cette circonstance ne saurait suffire à les dénuer de toute force probante. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les déclarations effectuées par le réunifiant devant l'OFPRA et lors de sa demande de réunification familiale, concernant ces deux enfants, ne seraient pas constantes. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à Abdourahmane A et Mouhamadou Aliou A les visas sollicités au motif que leur identité et leur lien de filiation avec M. A ne sont pas établis.
8. En second lieu, il est constant qu'aucune demande de visa n'a été présentée pour Mamadou A, né le 25 novembre 2009, issu de l'union entre M. A et Mme C. Toutefois, les requérants produisent un jugement n°02, rendu le 18 septembre 2020 par le tribunal de paix de Dalaba, qui délègue à Mme E H A, sa tante résidant en Guinée, l'exercice de l'autorité parentale sur cet enfant mineur. Si la commission de recours a relevé que ce jugement n'est pas conforme à l'article 473 du code civil guinéen, dans sa version issue de la loi du 4 juillet 2019, selon lesquelles " l'autorité parentale appartient aux père et mère pour protéger l'enfant dans sa sécurité, sa santé et son éducation () ", il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux, ce qui n'est pas le cas en l'espèce B lors que l'article 495 du même code prévoit la possibilité pour les père et mère d'un enfant de renoncer en tout ou partie à l'exercice de leur autorité parentale au profit d'un particulier digne de confiance. Dans ces conditions, et alors que l'intérêt supérieur de Mamadou A est de vivre en Guinée auprès de Mme E H A, titulaire à son égard de l'autorité parentale, les requérants doivent être regardés comme justifiant du caractère partiel de la demande de réunification familiale. Par suite, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant, pour ce motif, de délivrer les visas sollicités.
En ce qui concerne Mme F C :
9. Les requérants produisent, pour justifier de l'identité de la demandeuse de visa, un jugement supplétif n°1135, rendu le 3 juillet 2018 par le tribunal de paix de Dalaba, qui mentionne que Mme F C est née le 8 juillet 1983 à Dalaba. Ils produisent également un acte de naissance n°672 dressé en transcription de ce jugement. Les requérants versent également aux débats un second jugement supplétif n°974, rendu le 4 juillet 2019 par cette même juridiction, ainsi qu'un acte de naissance n°606 établi en transcription de ce jugement. Enfin, ils produisent le passeport de la demandeuse de visa qui a été délivré le 23 août 2019 par les autorités guinéennes.
10. Toutefois, la coexistence de deux jugements supplétifs et de deux actes de naissance pour la même personne, établis à un an d'intervalle, est de nature à remettre en cause leur authenticité. Les requérants n'apportent aucun élément de nature à expliquer cette anomalie alors que l'article 193 du code civil guinéen, dans sa version alors applicable, prévoit l'établissement d'un jugement supplétif uniquement lorsqu'une naissance n'a pas été déclarée dans le délai légal. Si les requérants indiquent qu'ils ont engagé des démarches auprès du juge guinéen pour faire annuler la seconde série de documents d'état civil, ils reconnaissent que cette démarche n'a pas pu aboutir. B lors, l'identité de la demandeuse de visa ne peut être regardée comme établie par les documents ainsi produits. Par ailleurs, si les requérants apportent la preuve que M. A a déclaré l'existence de Mme C B le dépôt de sa demande d'asile, qu'il lui adresse régulièrement des sommes d'argent depuis le mois de décembre 2019 et qu'il s'est rendu au Sénégal en décembre 2021 et s'ils produisent quelques photographies ainsi que des justificatifs d'appels téléphoniques, ces éléments ne sont pas de nature à établir l'identité de la demandeuse de visa. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation en refusant, pour ce motif, de délivrer le visa sollicité.
11. Enfin, faute d'établissement de l'identité de la demandeuse de visa, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne Ibrahima A, Thierno Nouhou A et Mohamed A :
12. Les requérants produisent, pour justifier de l'identité des demandeurs de visas et de leur lien de filiation, des jugements supplétifs n°2062, n°2059 et n°2060, rendus le 21 novembre 2018 par le tribunal de paix de Dalaba, qui mentionnent Ibrahima A, Thierno Nouhou A et Mohamed A sont nés respectivement le 25 novembre 2009, le 1er février 2013 et le 3 février 2015 à Dalaba. Ils produisent également des actes de naissance n°1131, n°1127 et n°1128, dressés en transcription de ces jugements. Les requérants versent en outre aux débats une seconde série de jugements supplétifs n°975, n°978 et n°977, rendus le 4 juillet 2019 par cette même juridiction, ainsi que des actes de naissance n°605, n°603 et n°607 établis en transcription de ces jugements. Enfin, ils produisent les passeports des demandeurs de visas qui ont été délivrés les 22 et 23 août 2019 par les autorités guinéennes.
13. Toutefois, la coexistence de deux jugements supplétifs et de deux actes de naissance pour les mêmes personnes, établis à quelques mois d'intervalle, est de nature à remettre en cause leur authenticité. Les requérants n'apportent aucun élément de nature à expliquer cette anomalie alors que l'article 193 du code civil guinéen, dans sa version alors applicable, prévoit l'établissement d'un jugement supplétif uniquement lorsqu'une naissance n'a pas été déclarée dans le délai légal. Si les requérants indiquent qu'ils ont engagé des démarches auprès du juge guinéen pour faire annuler cette seconde série de documents d'état civil, ils reconnaissent que cette démarche n'a pas pu aboutir. B lors, l'identité des demandeurs de visas ne peut être regardée comme établie par les documents ainsi produits. Par ailleurs, si les requérants fournissent quelques photographies sur lesquelles figurent ces trois enfants ainsi que des justificatifs d'appels téléphoniques et s'ils apportent la preuve que M. A a déclaré leur existence lors de sa demande d'asile, qu'il adresse régulièrement des sommes d'argent à Mme C depuis le mois de décembre 2019 et qu'il s'est rendu au Sénégal en décembre 2021, ces éléments ne suffisent pas à établir les liens de filiation allégués par la possession d'état. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités au motif que l'identité des demandeurs et leur lien de filiation avec le réunifiant ne sont pas établis.
14. Enfin, faute d'établissement de l'identité des demandeurs de visas et de leur lien de filiation avec M. A, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont uniquement fondés à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle refuse de délivrer un visa de long séjour à Abdourahmane A et Mouhamadou Aliou A.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
16. Le présent jugement implique uniquement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer un visa de long séjour à Abdourahmane A et Mouhamadou Aliou A, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
17. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Régent, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 31 mars 2021 est annulée en tant qu'elle refuse de délivrer un visa de long séjour à Abdourahmane A et Mouhamadou Aliou A.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Abdourahmane A et Mouhamadou Aliou A un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Régent, avocate de M. A et Mme C, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Régent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G A, à Mme F C, à Me Régent et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Sarda, premier conseiller,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,
M. D
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2200275
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026