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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200624

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200624

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPrésident 1 : M. DURUP DE BALEINE - R. 222-13
Avocat requérantTCHUINTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2022 et le 14 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Tchuinte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui restituer l'original d'un acte de naissance ;

2°) d'ordonner la restitution à Mme B de l'acte de naissance n° 2016 / LT 1301 / N° 036 établi par la mairie de Dibombari au Cameroun le 2 juin 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration n'a pas saisi au préalable la Commission d'accès aux documents administratifs ;

- la décision attaquée constitue une sanction, dépourvue de base légale ;

- la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code de justice administrative a été méconnue ;

- la décision attaquée méconnaît l'accord de coopération en matière de justice entre la France et le Cameroun du 21 février 1974 ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 2 septembre 2023, a été présenté par Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord de coopération en matière de justice entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République unie du Cameroun, fait à Yaoundé le 21 février 1974 ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 5 septembre 2023 :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'appui de la demande d'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique qu'elle avait présentée, Mme B, ressortissante camerounaise née en 1982, a produit un acte de naissance la concernant n° 2016 / LT 1301 / N / 0361 dressé le 2 juin 2016 par un officier de l'état civil camerounais. Après qu'il n'ait pas été fait droit à cette demande de naturalisation, Mme B a demandé au ministre chargé des naturalisations de lui restituer cet acte de naissance. Par la décision du 8 septembre 2021 dont Mme B demande l'annulation, le ministre de l'intérieur a refusé de faire droit à cette demande de restitution.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Si la requérante soutient que la décision attaquée serait assortie d'une indication inexacte des voies et délais de recours, une telle circonstance est, toutefois, sans influence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de cette circonstance est inopérant.

3. Si la requérante fait valoir que l'administration avait la possibilité de saisir la Commission d'accès aux documents administratifs avant de prendre la décision attaquée, aucune règle de droit, notamment pas l'article R. 342-4-1 du code des relations entre le public et l'administration, ne lui en faisait, toutefois, obligation. Il en résulte qu'en ne la saisissant pas au préalable, l'auteur de la décision attaquée n'a pas commis d'irrégularité.

4. La décision attaquée, qui ne présente pas le caractère d'une sanction, n'est pas au nombre des décisions administratives individuelles défavorables énumérées par les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et ne déroge pas aux règles générales fixées par la loi ou le règlement. En outre, cette décision statue sur une demande, présentée par un courrier du 12 avril 2021. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

5. Ni les dispositions du premier alinéa de l'article 21-25-1 du code civil, selon lesquelles " La réponse de l'autorité publique à une demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation doit intervenir dix-huit mois au plus tard après la date à laquelle a été délivré au demandeur le récépissé constatant la remise de toutes les pièces nécessaires à la constitution d'un dossier complet. / () ", ni celles de l'article 27 de ce code, selon lesquelles " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée. ", ne prescrivent la restitution au postulant des documents étrangers d'état civil que, le cas échéant, il aurait produit à l'appui d'une demande de naturalisation. La décision attaquée, qui refuse une telle restitution, n'est pas une réponse à une telle demande. Elle ne déclare pas irrecevable, n'ajourne pas ou ne rejette pas une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret. Elle n'est pas davantage une autorisation de perdre la nationalité française. Il en résulte qu'elle ne relève pas des prévisions des articles 21-25-1 et 27 du code civil, dont le moyen tiré de la méconnaissance est, par suite, inopérant.

6. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs. ". Aux termes de l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ".

7. Les actes d'état civil ne constituent pas des documents administratifs entrant dans le champ d'application des article L. 300-2 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, la requérante ne tenait pas de cet article L. 311-1 le droit d'obtenir de l'administration la restitution de l'acte de naissance dressé le 2 juin 2016 qu'elle avait produit à l'appui de sa demande de naturalisation.

8. L'acte de naissance étranger dont la requérante a demandé qu'il lui soit restitué n'est pas au nombre des actes de reconnaissance, actes de mariage, actes de décès, avis de légitimation ou extraits de jugements et arrêts mentionnés aux articles 17 et 18 de l'accord de coopération en matière de justice entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République unie du Cameroun, fait à Yaoundé le 21 février 1974, lesquels articles prévoient seulement la remise réciproque des actes qu'ils énumèrent entre le gouvernement français et le gouvernement camerounais, sans prescrire la remise d'acte par le gouvernement français aux ressortissants de nationalité camerounaise. La demande du 12 avril 2021 présentée par Mme B C, ne tendant pas à la délivrance d'une expédition d'un acte de l'état civil dressé sur le territoire français ou par un poste diplomatique ou consulaire français, échappe aux prévisions de l'article 19 de cet accord bilatéral. Elle ne relève pas davantage de son article 20, applicables seulement à des demandes faites par les autorités camerounaises ou françaises. Enfin, la décision attaquée, qui a pour seul objet le refus de communiquer à un usager un document remis par ce dernier à l'administration et détenu par cette dernière, est étrangère aux conditions d'admission sur le territoire français des actes de l'état civil établis par les autorités camerounaises. Par suite, l'article 22 de l'accord du 21 février 1974 est étranger à cette décision. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des articles 17 à 22 de cet accord doit être écarté.

9. Si la requérante fait état du jugement du 15 octobre 2020 par lequel le tribunal administratif de Nantes a statué sur sa requête dirigée contre la décision du ministre de l'intérieur du 16 novembre 2017 rejetant sa demande de naturalisation, ce jugement, eu égard à son objet, est sans influence sur l'appréciation de la légalité de la décision du 8 septembre 2021 contestée dans la présente instance.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Les conclusions à fin d'injonction qu'elle présente ne peuvent, dans ces conditions, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la Commission d'accès aux documents administratifs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

A. DURUP de BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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