lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrée le 17 janvier 2022, le 8 juillet 2022 et le 12 juillet 2022, Mme C H I, représentée par Me Régent, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 23 juin 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 15 mars 2021 des autorités consulaires françaises à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant de délivrer à Rebeca H et Ketia H des visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugiée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer ces demandes de visas dans un délai d'un mois à compter de cette notification ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que la filiation entre les demandeuses de visas et la réunifiante est établie ;
- cette décision a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le motif tiré de l'absence de production d'un acte de délégation de l'autorité parentale à l'égard de la réunifiante est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée peut également être fondée sur un autre motif tiré de l'absence d'un jugement de délégation de l'autorité parentale.
Mme H I au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 15 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme Robert-Nutte, rapporteure publique,
- et les observations de Me Blin, substituant Me Régent, avocate de Mme H I .
Considérant ce qui suit :
1. Mme C H I, ressortissante congolaise, née le 7 septembre 1998 en République démocratique du Congo, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 août 2018. Par une décision en date du 15 mars 2021, les autorités consulaires françaises à Rabat ont rejeté la demande de visa de long séjour présentées par ses enfants alléguées, D H et B H, en qualité de membres de famille de réfugiée. Par une décision du 23 juin 2021, dont Mme H I demande au tribunal l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
2. En premier lieu, aux termes de la décision attaquée qui se réfère aux articles L. 311-1, L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour refuser de délivrer les visas sollicités, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que les actes de naissance produits, dépourvus de caractère probant, ne permettent pas d'établir l'identité des demandeuses de visas et partant leur lien familial avec Mme H I ne peuvent être établis. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Et aux termes de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'état civil des demandeuses de visa fait l'objet de deux séries d'actes distinctes. Sont ainsi produits un premier jugement supplétif d'acte de naissance du tribunal pour enfants de G/ A rendu le 24 octobre 2018 dressé sur requête de la mère qui résidait pourtant alors en France, ainsi que des actes de naissance n°713/019 et n°174/019 dressés le 7 mai 2019 pour chacune des intéressées, ainsi que des passeports, délivrés le 1er avril 2020. L'acte de naissance n°714/019 relatif à Ketia H comporte une correction grossière à la main sur le jour de naissance de l'enfant, qui diffère d'ailleurs tant de celui que retient le jugement précédemment mentionné du 24 octobre 2018 que de celui que mentionne le passeport de l'intéressée. Par ailleurs, est également produit un second jugement supplétif d'acte de naissance du 24 juin 2022, fondé sur l'absence d'enregistrement dans les registres de la naissance des enfants, ce qui est manifestement en contradiction avec l'établissement de leurs actes de naissance le 7 mai 2019, et dont les conditions d'obtention auprès du tribunal pour enfants de G/ F n'ont pas été clarifiées. Ce jugement supplétif du 24 juin 2022 n'annule ni ne rectifie le jugement supplétif du 24 octobre 2018 et les actes de naissance précédemment délivrés. En outre, ce jugement du 22 juin 2022 mentionne au titre de la filiation paternelle de Rebeca H une personne dont la requérante reconnaît elle-même dans ses écritures qu'elle n'en est pas le père biologique. Dans ces conditions, en raison de ces multiples incohérences et de la coexistence de plusieurs documents d'état civil pour chacune des demandeuses de visas, ces documents ne sont pas de nature à établir leur identité et partant leur filiation maternelle avec la réunifiante. Enfin, les éléments de possession produits sont insuffisants pour établir l'existence d'un lien de filiation par possession d'état. Il s'ensuit, dans ces conditions, qu'en rejetant les demandes de visas en cause pour le motif précédemment exposé, la commission de recours n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation.
6. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, les éléments produits par les requérantes précédemment rappelés étant insuffisants pour établir l'identité des demandeuses de visa et par suite leur filiation maternelle, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense, que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qui sont présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme H I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H I, à Me Régent et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
La rapporteure,
S. E
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°220065
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026