lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200881 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2022 et le 5 juillet 2022, Mme G B, Mme A C et M. D C, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 août 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du 6 mai 2021 des autorités consulaires françaises à Conakry refusant de délivrer à Mme A C, à M. D C et à Ibrahima C des visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugiée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen des demandes de visas dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de preuve de la régularité de sa composition ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur le motif tiré de ce qu'en raison de son âge Mme A C ne serait pas éligible à la procédure de réunification familiale ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des actes d'état civil produits et au regard des éléments de possession d'état ;
- cette décision a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation des intéressés ;
- le motif tiré de l'absence de production d'un jugement de délégation de l'autorité parentale à l'égard des enfants est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, compte tenu du décès du père de Fanta, Maciré et Ibrahima C ;
- le motif tiré du caractère partiel de la réunification familiale sollicitée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, en raison du décès du troisième enfant de Mme B.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée peut être fondée sur d'autres motifs, tirés de l'absence de production d'un jugement de délégation de l'autorité parentale à l'égard des enfants au bénéfice de la réunifiante, de ce que Mme A C n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale, dès lors qu'elle est issue d'une union précédente de Mme B, et de ce que la demande de réunification présentée par Mme B présente un caractère partiel.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les observations de Me Blin, substituant Me Régent, avocate des requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G B, ressortissante guinéenne née le 25 avril 1965, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision du 30 novembre 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. D C, Mme A C et Ibrahima C, qu'elle présente comme ses enfants, nés respectivement le 26 février 2000, le 29 août 2002 et le 14 mai 2006, ont déposé des demandes de visas de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Conakry, en qualité de membres de famille de réfugiée. Par des décisions du 6 mai 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 11 août 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Mme B, Mme A C et M. D C demandent au tribunal d'annuler cette décision de la commission de recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de séance produit par le ministre de l'intérieur, qu'à l'occasion de sa séance du 11 août 2021, lors de laquelle a été délibérée la décision en litige, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était composée, outre son président, de deux membres prévus par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de la composition irrégulière de cette commission doit être écarté comme manquant en fait. Par suite, ce moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, pour refuser de délivrer les visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui s'est référée aux articles L. 311-1, L. 434-3, L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est fondée sur les motifs tirés de ce que l'enfant Fanta C, âgée de plus de 18 ans le jour où elle a déposé sa demande de visa n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale au titre de membre de famille de réfugié, de ce que les actes de naissance des enfants, établis le même jour, ne sont pas conformes aux dispositions des articles 175 et 186 du code civil guinéen, de ce que les passeports des intéressés ont été délivrés un an et demi plus tôt et font référence à d'autres actes de naissance, de sorte que, en l'absence d'éléments probants de possession d'état, l'identité des demandeurs de visa et partant leur lien familial allégué avec la réunifiante ne sont pas établis. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial d'un conjoint ou des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien matrimonial entre les époux ou du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa. Le motif tiré de la non-conformité au droit local des actes d'état civil produits, qui ne permet pas de déterminer l'identité des demandeurs de visa ni leur lien familial avec le réfugié statutaire, est également au nombre des motifs d'ordre public pouvant justifier un refus de visa au conjoint et aux enfants de ce réfugié.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
6. Les requérants ont produit au soutien des demandes de visas, pour justifier de l'identité des intéressés et de leur filiation, des jugements supplétifs d'actes de naissance du 18 avril 2019 du tribunal de première instance de Kaloum, rectifiés par un jugement de cette juridiction du 11 février 2022, ainsi que les extraits d'actes de naissance dressés en transcription de ces jugements. Sont également produits les passeports des intéressés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'ont été produits devant la commission de recours, pour chaque demandeur de visa, des jugements supplétifs établis le 17 juillet 2017 ainsi que les actes dressés en trasncription. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les jugements du 18 avril 2019 auraient annulé ou même rectifié les actes établis en 2017 qu'ils ne mentionnent pas, de sorte que coexistent pour chaque demandeur de visa, plusieurs séries de documents d'état civil, de sorte que ceux-ci sont, en l'absence de justifications suffisantes expliquant leur coexistence, dépourvus de valeur probante. Il ressort en outre des documents produits que les numéros d'identification national unique figurant sur les passeports produits correspondent aux numéros des actes de naisssance établis en 2017. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme A C a déjà présenté le 7 janvier 2014 une autre demande de visa, de court séjour, sous une autre identité. Par ailleurs, les autres éléments produits, tenant à des extraits de conversations électroniques et quelques transferts financiers de 2018, ainsi qu'une photographie, ne suffisent à établir un lien de filiation par possession d'état. Dans ces conditions, l'identité des demandeurs de visas et leurs liens de filiation avec la réunifiante ne peuvent être regardés comme établis. Par suite, en se fondant sur ce motif, la commission de recous n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit ni d'aucune erreur d'appréciation. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
7. En dernier lieu, faute d'établissement de l'identité des demandeurs de visas, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les demandes de substitution de motifs présentées par le ministre de l'intérieur en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles qui sont relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B, Mme C et M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B, Mme A C, à M. D C, à Me Régent et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
La rapporteure,
S. F
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2200881
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026