vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200895 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 janvier 2022 et le 2 juin 2022, M. D G A, Mme E B et M. C A, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 24 février 2021 des autorités consulaires françaises à Dacca (Bangladesh) refusant de délivrer à Mme E B et à M. C A des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme B et à M. C A les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer leurs demandes de visa dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 561-2, L. 561-4 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'un acte de mariage est produit et que l'identité des demandeurs de visas et leur lien de filiation avec le réunifiant sont établis par la production d'actes d'état civil authentiques et par possession d'état ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et sollicite une substitution de motifs.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 18 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public,
- et les observations de Me Blin, substituant Me Régent, avocate de M. D G A, Mme E B et M. C A,
Considérant ce qui suit :
1. M. D G A, ressortissant bangladais, né le 3 mai 1968, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du
14 novembre 2017. Mme E B, qu'il présente comme son épouse, et M. C A, né le 17 avril 2001, qu'il présente comme son fils, ont déposé des demandes de visas de long séjour auprès des autorités consulaires françaises à Dacca, en qualité de membres de famille de réfugié. Par une décision du 24 février 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 2 juin 2021, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 2 juin 2021 :
2. La décision de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que les déclarations du réunifiant concernant sa situation familiale et en particulier, en ce qui concerne l'âge de M. C A qu'il présente comme son fils, ne sont pas constantes, d'autre part, de ce que les documents d'état-civil et l'acte de mariage produits sont dépourvus de valeur probante et ne permettent pas d'établir l'identité de Mme B et son lien matrimonial à l'égard de M. A et, enfin, de ce que, en l'absence d'éléments de possession d'état probants alors que le réunifiant réside en France depuis 2015, le principe de l'unité de la famille et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme n'ont pas été méconnus.
3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
4. Lorsque la venue de personnes en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un réfugié statutaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne réfugiée.
5. Le premier alinéa de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
En ce qui concerne Mme B :
6. Le visa sollicité a été rejeté, ainsi qu'il a été dit au point 2, aux motifs tirés de ce que les documents d'état-civil et l'acte de mariage produits sont dépourvus de valeur probante et ne permettent pas d'établir l'identité de Mme B et son lien matrimonial à l'égard de M. A.
7. Dans son mémoire en défense, le ministre soutient également que le refus de visa de Mme B est motivé par l'absence de vie commune suffisamment stable et continue avant l'introduction de la demande d'asile du réfugié.
8. Les requérants versent aux débats un acte de naissance et un passeport, établis respectivement le 4 décembre 2017 et le 1er mars 2018 par les autorités locales afghanes, mentionnant la date de naissance de Mme B au 1er février 1978. La seule circonstance que l'acte de naissance, signé, contrairement aux allégations du ministre, par l'officier d'état civil le jour même de son établissement, a été établi le 16 décembre 2017, soit postérieurement à l'obtention du statut de réfugié par M. A, ne permet pas de remettre en cause son caractère authentique. Il ressort également des pièces du dossier que le certificat de mariage, délivré le 18 décembre 2017, faisant état de l'enregistrement du mariage musulman des intéressés le 1er février 1989 à Pirojpur (Bangladesh) n'a pas été reconnu par l'OFPRA du fait que Mme B au jour de la célébration du mariage avait onze ans et doit être considéré, de ce fait, comme contraire à la conception française de l'ordre public international. Mme B ne peut donc être considérée comme conjointe au sens du 1° du I de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort toutefois de ces mêmes pièces qu'outre le mariage susmentionné, les requérants déclarent être les parents de deux enfants, à savoir Lipi Akter Khadija A, enfant âgée de plus de dix-neuf ans ne pouvant prétendre à la réunification familiale, et Sohel A, né le 17 avril 2001, dont la demande de visa a été refusée. M. A est resté en contact régulier avec Mme B depuis son arrivée en France ainsi qu'en attestent les copies d'appels et les photographies produites. Dans ces conditions, les requérants démontrent l'existence d'une relation suffisamment stable et continue entre eux avant le dépôt par M. A de sa demande d'asile, le 14 octobre 2015. La qualité de concubine au sens des dispositions du 2° du I de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être reconnue à Mme B et la commission de recours a donc entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à Mme B un visa de long séjour.
En ce qui concerne M. C A :
9. M. C A produit à l'appui de sa demande de visa un acte de naissance, traduit en français, délivré le 6 décembre 2017, ainsi qu'un " birth registration record verification " et un passeport établi le 11 juillet 2018 mentionnant de manière concordante qu'il est né le 17 avril 2001. En défense, le ministre conteste la valeur probante de ces actes en produisant un " birth certificate ", établi également le 6 décembre 2017, en anglais. Il ressort des pièces du dossier que ce dernier acte se révèle être une copie. Bien que délivré le 6 décembre 2017 et signé le 4 août 2019, il comporte les mêmes mentions d'identité que les autres actes d'état civil précités et ne permet pas sérieusement de remettre en cause le caractère authentique des actes produits par les requérants. Si le ministre fait valoir en défense l'inconstance des déclarations de M. A devant l'OFPRA, dès lors qu'il a d'abord déclaré être sans enfant puis, dans le formulaire de demande d'asile du 5 novembre 2015, a indiqué que Sohel, son fils, était né le 10 décembre 1996 puis, dans la fiche familiale de référence, le 17 avril 2001, il ressort des pièces du dossier que les déclarations de M. A ont toujours fait mention d'un fils, que les différents actes produits font mention du lien de filiation et que la seule circonstance que dans une première demande la date de naissance soit erronée ne saurait remettre en cause le caractère probant de ceux-ci. Dans ces conditions, la commission de recours a donc entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à M. C A un visa de long séjour.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B, M. D G A et M. C A sont fondés à demander l'annulation de la décision du 2 juin 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance à Mme B et M. C A des visas sollicités, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par les requérants.
Sur les frais liés au litige :
12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Régent, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas du 2 juin 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme E B et M. C A des visas de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Régent, avocate des consorts A, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Régent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D G A , à Mme E B, à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026