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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201554

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201554

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2022, M. B A, représenté par

Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre sollicité dans un délai de 15 jours courant de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros par application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de séjour :

- n'a pas été prise par une autorité compétente ;

- n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 371-2 du code civil ; la preuve de la contribution à l'entretien de l'enfant peut se faire par tous moyens et à proportion des ressources du parent ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

6 janvier 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Le Roy, substituant Me Guilbaud, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 15 septembre 1986, déclare être entré en France le 13 septembre 2017, sans pouvoir en justifier. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 10 avril 2019 et le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire le

7 février 2020. M. A s'est toutefois maintenu sur le territoire et a reconnu, le 2 avril 2020, l'enfant né de sa relation avec une ressortissante française, né le 19 avril 2020. Le 1er mars 2021, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 13 juillet 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur la légalité du refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 mars 2021 paru au recueil des actes administratifs de la préfecture du lendemain, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour et d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article

L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle les conditions d'entrée en France de M. A, le rejet définitif de sa demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire du 7 février 2020. La décision indique que le demandeur ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant et ne remplit dès lors pas les conditions pour obtenir le séjour au titre de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle constate que la présence en France du demandeur est récente, qu'il ne justifie pas avoir en France des liens intenses, anciens et stables alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Guinée où vivent ses parents, frère et sœur et qu'ainsi, le refus de séjour ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision comportant ainsi un exposé suffisant des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté. En outre, au vu de cette motivation circonstanciée et de l'ensemble des pièces du dossier, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée.

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article 371-2 du code civil prévoit que : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article

L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

5. M. A produit une unique attestation de la mère de son enfant français, établie le 10 septembre 2021 soit postérieurement à la décision attaquée, qui indique héberger le requérant, que celui-ci s'occupe de son fils, l'accompagne aux rendez-vous administratifs et médicaux, qu'il se rend régulièrement à l'association " les Restos du Cœur " chercher des aliments et vêtements pour l'enfant et que la naissance d'un second enfant est attendue. Il produit en outre deux factures de sociétés de distribution d'énergie mentionnant son nom à l'adresse de la mère de son enfant. Toutefois, le préfet de la Loire-Atlantique verse à l'instance le courrier du 22 février 2021 par lequel M. A a sollicité un titre de séjour, où il indique être hébergé chez des amis et rendre visite aussi souvent que possible, trois à quatre fois par semaine, à Mme D. et à son enfant. En outre, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, le requérant ne peut être regardé comme justifiant par les pièces qu'il produit, contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté une atteinte excessive au droit de M. A au respect de sa vie privée ni à l'intérêt supérieur de son enfant. Le requérant n'est dès lors pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Et, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. Compte tenu de ce qui est dit au point 5 et alors que le requérant a conservé des attaches familiales en Guinée et ne justifie d'aucune perspective d'insertion professionnelle sur le territoire national, la décision attaquée refusant de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Et, en l'absence de preuve d'une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision méconnaîtrait l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du point 6 doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de séjour n'est pas illégale. Par suite, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement :

9. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Par suite, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision attaquée fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Zoé Guilbaud et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

C. C

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au le préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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