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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201865

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201865

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201865
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février 2022 et le 8 juillet 2022, M. Prince A, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 15 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision des autorités consulaires françaises au Ghana refusant de délivrer à Elinor Foriwaa un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision implicite de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des actes d'état civil produits à l'appui de la demande de visa de Elinor Foriwaa.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 22 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. Prince A, ressortissant ivoirien, né le 25 juin 1998, a obtenu par une décision du 30 avril 2021 du préfet du Nord une autorisation de regroupement familial au profit de Elinor Foriwaa, qu'il présente comme son épouse. Cette dernière a déposé une demande de visa de long séjour au titre du regroupement familial auprès des autorités consulaires françaises au Ghana. Par une décision notifiée le 20 octobre 2021, ces autorités ont refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 15 janvier 2022, dont M. A demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

2. Dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien familial entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits. En particulier, le caractère apocryphe des actes de naissance produits constitue un motif d'ordre public de nature à justifier le refus de visa.

3. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

4. Il ressort du mémoire en défense du ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par Elinor Foriwaa, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'identité de la demandeuse de visa et son lien familial avec le regroupant ne sont pas établis.

5. Le requérant produit, pour justifier de l'identité de la demandeuse de visa, une copie certifiée conforme d'un acte de naissance n°10521, enregistré le 17 novembre 2013 dans les registres de l'état civil ghanéen, qui mentionne que Elinor Foriwaa est née le 22 novembre 1999 à Accra.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'une levée d'acte effectuée par les autorités consulaires françaises, celles-ci ont été informées par le " Ghana immigration service ", par un courrier du 14 avril 2021, que l'acte de naissance produit à l'occasion de la demande de visa n'a pas été retrouvé dans les registres de l'état civil. Toutefois, M. A produit, à l'appui de sa requête, un certificat délivré le 26 octobre 2021 par le bureau central de l'état civil d'Accra qui confirme l'enregistrement de cet acte de naissance dans les registres et une copie de cet acte de naissance établie le 21 juin 2022. Le ministre ne porte aucune critique à l'égard de cette copie. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité au motif que l'identité de la demandeuse de visa ne peut être regardée comme établie.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Cazanave, sous réserve que celui-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France née le 15 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Elinor Foriwaa un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cazanave, avocat de M. A, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cazanave renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. Prince A, à Me Cazanave et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Beyls, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La rapporteure,

M.-P. B

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau

S. THOMAS

La greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201865

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