lundi 10 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 février 2022 et 30 juin 2022, M. B A et Mme C D, agissant en qualité de présidente de la SAS BCP 44, représentés par Me Régent, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 9 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) refusant de délivrer à M. A un visa de long séjour en qualité de salarié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'erreurs d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en tant qu'elle émane de la BCP 44, laquelle ne bénéficie pas d'un intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de M. Barès, rapporteur public,
- et les observations de Me Régent, représentant les requérants, en présence de Mme D.
Une note en délibéré, présentée pour M. A par Me Régent, a été enregistrée le 26 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, a déposé une demande visa de long séjour en qualité de salarié auprès de l'autorité consulaire française à Casablanca afin d'occuper un emploi de jointeur/plaquiste au sein de la société BCP 44 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Cette demande a été rejetée une décision du 3 novembre 2021. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 9 février 2022, dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Si la société BCP 44 n'a pas intérêt lui donnant qualité pour contester le refus de visa opposé à M. A, il est constant que la requête a également été déposée au nom de ce dernier. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général.
4. Constitue, notamment, un tel motif le risque avéré de détournement de l'objet du visa sollicité, lorsque l'administration établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l'étranger en France. S'agissant d'un visa sollicité en qualité de salarié, ce risque peut, notamment, résulter de l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité.
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision consulaire, dont la commission a entendu se réapproprier les motifs, que la décision attaquée est fondée sur le risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins que l'occupation de l'emploi auquel M. A postule et le caractère non fiable ou incomplet des informations communiquées pour justifier des conditions du séjour. Ces motifs sont repris et développés par le ministre de l'intérieur en défense.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, titulaire d'un diplôme de l'école des hautes études commerciales et informatiques spécialité marketing, travaille depuis 2012 au sein de la " Attijariwafa bank ". L'intéressé est également titulaire d'un diplôme de " plâtrier - jointoyeur " obtenu en 2016, délivré au Maroc par le centre national de l'éducation, de la formation et de la communication. Contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur, le terme " jointoyeur " existe dans la langue française et ne constitue pas un néologisme. La circonstance que le diplôme de l'intéressé soit daté du 6 juillet 2016, correspondant à un jour férié au Maroc, ne suffit, par ailleurs, pas à démontrer son caractère frauduleux. M. A produit, également, une attestation de travail selon laquelle il occupe à temps partiel un emploi de jointoyeur depuis le 1er mai 2019, ainsi qu'une attestation établie le 15 mars 2021 par la chambre d'artisanat de l'oriental. Par suite, et quand bien même M. A a continué à exercer en parallèle une activité de banquier, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'adéquation entre les qualifications et l'expérience professionnelle de l'intéressé et l'emploi auquel il postule.
7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la société BCP 44 était locataire d'un appartement T3 pour ses salariés, ainsi qu'en attestent le contrat de bail et les quittances de loyer produites. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que ce logement, qui est déjà occupé par deux salariés, serait trop petit pour accueillir une troisième personne, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer que les conditions d'accueil du demandeur de visa feraient obstacle à la délivrance du visa sollicité, alors, en outre, que la rémunération prévue par le contrat de travail de M. A devrait lui permettre de subvenir à ses besoins durant son séjour en France. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que ce motif de la décision attaquée est entaché d'erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. A le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 9 février 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. A le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SAS BCP 44 et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.
Le rapporteur,
T. E
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026