vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2201985 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | TSARANAZY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 février 2022 et le 20 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Tsaranazy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 12 août 2021 des autorités consulaires françaises à Istanbul (Turquie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer sans délai le visa sollicité, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours est recevable dès lors qu'il a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
- la décision de l'autorité consulaire est entachée d'incompétence de son signataire ;
- la décision de la commission de recours est entachée d'un vice de procédure ;
- la décision implicite de la commission de recours et la décision explicite du 3 mars 2022 sont entachées d'un défaut de motivation ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier d'un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié et qu'il bénéficie d'un avis favorable émis par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de l'adéquation entre, d'une part, son expérience et ses compétences professionnelles, et, d'autre part, l'emploi envisagé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant turc, né le 7 août 1984, a présenté une demande de visa long séjour en qualité de travailleur salarié auprès de l'autorité consulaire française à Istanbul (Turquie). Par une décision en date du 12 août 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite puis explicite du 3 mars 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision explicite de cette commission du 3 mars 2022 s'est substituée à la décision du consul général de France à Istanbul du 12 août 2021. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision consulaire doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, d'une part, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. La décision expresse du 3 mars 2022 de la commission de recours s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, les moyens tirés du défaut de motivation et d'absence de régularité de la composition de la commission de cette décision implicite ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
4. D'autre part, aux termes de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ;/ 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléants sont nommés dans les mêmes conditions. " Aux termes du second alinéa de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de séance produit par le ministre de l'intérieur, qu'à l'occasion de sa séance du 3 mars 2022, lors de laquelle a été délibérée la décision en litige du même jour, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était composée, outre son président, de l'ensemble des membres prévus par les dispositions précitées de l'article D 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir de représentants du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, du ministère de l'intérieur, de la juridiction administrative et du ministère chargé de l'immigration, dont les nom, prénom et date de nomination sont précisément indiqués dans ledit procès-verbal. Ainsi, elle était régulièrement composée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne peut, dès lors, qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. " et aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : / " () doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. "
7. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 3 mars 2022 mentionne les articles du code du travail et ceux du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les motifs sur lesquels elle se fonde, à savoir notamment que " M. B ne justifie pas de manière probante de la qualification ni de l'expérience professionnelle requises pour l'emploi auquel il postule (maçon). Il ne produit aucun diplôme correspondant ni de bulletins de salaire. Dès lors, l'adéquation entre les compétences du travailleur et celles de l'emploi envisagé n'est pas établie et il apparait qu'il existe un doute sérieux sur l'intention du demandeur de visa d'établir une relation contractuelle réelle avec l'entreprise à l'origine de son recrutement dont le gérant est son oncle " et de ce fait, il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires. Elle comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, la commission de recours contre les refus de visa a suffisamment motivé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de la procédure de visa à des fins migratoires.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour afin de travailler en qualité de " maçon ", dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet conclu avec la société B Tashin qui est dirigée par son oncle. Pour établir l'adéquation entre, d'une part, sa qualification et son expérience professionnelle, et, d'autre part, l'emploi auquel il postule, le requérant se borne à produire une attestation de " bon service " délivrée le 30 septembre 2017 par une entreprise implantée en Turquie qui mentionne qu'il a occupé, entre 10 mars 2010 et le 30 septembre 2017, un emploi de " maçon ". Il verse également aux débats son curriculum vitae dans lequel il mentionne une expérience de " maitre maçon, maitre de plâtre et de peinture et plombier " dans deux entreprises de fournitures " de service de construction " respectivement de 2005 à 2010 et de 2010 à 2017 ainsi qu'une expérience de 2017 à 2022 comme gérant de sa propre entreprise de vente de matériaux de construction. Il soutient qu'il gère depuis 2017 cette entreprise spécialisée dans la vente de matériaux de construction et apporte un " tableau des taxes " qui, bien que ne comportant ni date d'émission ni de timbre officiel, mentionne le montant des taxes à acquitter pour les années 2018, 2019 et 2020 et l'activité professionnelle concernée à savoir " commerce de détail de matériaux de construction " ainsi qu'une plaque des impôts pour les années 2019, 2020 et 2021 et la même activité qui précise une base d'impôt uniquement pour l'année 2019. Toutefois, M. B ne justifie d'aucun diplôme ou qualification professionnelle ni aucune formation spécialisée dans le domaine de la maçonnerie à l'exception de l'attestation de " bon service " qui demeure dépourvue de garanties d'authenticité en l'absence d'éléments probants tels que des contrats de travail ou des bulletins de salaire permettant d'établir l'exercice effectif d'une activité professionnelle en tant que maçon. Ces seules pièces ne suffisent pas à démontrer l'adéquation entre, d'une part, ses compétences et son expérience professionnelle, d'autre part, l'emploi auquel il postule. Dans ces conditions, quand bien même M. B dispose d'un contrat de travail visé par la DIRECCTE, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer, pour les motifs exposés au point 7, un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Ronciere, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026