mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 février 2022, M. F A C, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue de ce délai et lui a fait interdiction de retour en France pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- le droit d'être entendu a été méconnu ;
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le refus de séjour n'est pas régulièrement motivé ;
- sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;
- le refus de séjour méconnaît l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 avril 1988 ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et il est fondé à se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;
- elle est illégale en conséquence ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu ;
- l'interdiction de retour n'est pas régulièrement motivée ;
- elle est illégale en conséquence ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2022, modifiée le 18 février 2022.
Vu :
- le traité sur l'Union européenne ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- l'accord-cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie et le protocole relatif à la gestion concertée des migrations, signés à Tunis le 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B de Baleine, président ;
- les observations de Me Guilbaud, avocate de M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né en 1971, est, selon ses déclarations, initialement entré sur le territoire français en 2009. Le 9 septembre 2016, il s'était marié à Nantes avec une ressortissante française. Il a quitté la France le 17 novembre 2016. Il y est revenu le 23 février 2017, muni d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de type D à entrées multiples valable du 30 janvier 2017 au 30 janvier 2018, délivré le 30 janvier 2017 par l'autorité consulaire française à Tunis et valant carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de cette française. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour en qualité de salarié ou, indépendamment de cette qualité de conjoint en l'absence de communauté de vie avec l'épouse, par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", notamment au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 10 octobre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Le recours dirigé par l'intéressé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 22 septembre 2021. S'étant néanmoins maintenu en France, M. A C a, de nouveau, sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la régularisation de sa situation de séjour. Par l'arrêté du 28 juillet 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, a assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et lui fait interdiction de retour en France pendant un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Loire-Atlantique le 18 mars 2021, le préfet de Loire-Atlantique a donné délégation à Mme E, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de Loire-Atlantique et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A C. Cette décision est, dès lors, régulièrement motivé. Par suite et conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est régulièrement motivée. L'arrêté attaqué constate que l'intéressé est de nationalité tunisienne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire est, de ce seul fait, régulièrement motivée.
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre l'arrêté attaqué, en toutes les décisions qu'il comporte, le préfet de la Loire-Atlantique a examiné la situation particulière de M. A C, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation.
5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.
6. Le requérant, qui a sollicité la régularisation de sa situation de séjour à une date à laquelle il faisait déjà l'objet d'une obligation de quitter le territoire français consécutive au refus de lui accorder un titre de séjour, ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de cette demande de régularisation, il était susceptible de faire l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français, le cas échéant assortie d'une interdiction temporaire de retour sur le territoire français. A l'occasion de cette demande, M. A C a pu faire valoir tous éléments justifiant qu'il soit autorisé à demeurer, dans ces conditions régulières, sur le territoire français. Il était à même de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales et il ne ressort pas du dossier qu'il aurait usé de cette faculté. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
7. L'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 stipule, à son point 2.3.3, que " le titre de séjour portant la mention ''salarié'', prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi (.) ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes du premier alinéa de l'article 11 de l'accord du 17 mars 1988 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation. ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ".
8. Il résulte de ces stipulations que la situation des ressortissants tunisiens désireux d'obtenir un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et non par les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
10. Les dispositions de l'article L. 435-1 précité, en tant qu'elles permettent une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens. Toutefois, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant l'une ou l'autre de ces mentions. En revanche, ces dispositions, en tant qu'elles permettent une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sont applicables aux ressortissants tunisiens.
11. Le requérant soutient séjourner sur le territoire français depuis l'année 2009, mais n'établit pas la réalité d'une entrée sur ce territoire au cours de cette année. Contrairement à ce qu'il soutient, les documents qu'il présente n'établissent pas qu'il résiderait habituellement et de manière continue en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. En particulier, une telle résidence habituelle et continue n'est pas établie pour les années antérieures à 2014, alors en outre que l'intéressé a quitté la France le 17 novembre 2016 avant d'y revenir le 23 février 2017. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obligation au préfet de la Loire-Atlantique de saisir la commission du titre de séjour et que, faute qu'il en ait été ainsi, l'arrêté attaqué serait intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière.
12. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
13. En vertu de ces dernières dispositions, combinées avec les stipulations des articles 3 et 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " à un ressortissant tunisien est subordonnée à la production de ce ressortissant d'un visa d'une durée supérieure à trois mois. Il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour dont il est titulaire. Lorsque ce ressortissant présente, après l'expiration du délai de renouvellement du titre qu'il détenait précédemment, une nouvelle demande de titre de séjour, cette demande de titre doit être regardée comme une première demande à laquelle la condition de la détention d'un visa de long séjour peut être opposée.
14. En l'espèce, le requérant n'était plus titulaire d'un titre de séjour lors de la demande de régularisation rejetée par l'arrêté attaquée. Il en résulte que cette demande devait être regardée comme une première demande à laquelle la condition de la détention d'un visa de long séjour pouvait être opposée. Il est constant que le requérant, faute d'être titulaire d'un visa de long séjour en cours de validité, n'était pas en droit de prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié par application de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 dont les stipulations n'ont, par suite, pas été méconnues.
15. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Il suit de là que le moyen tiré des énonciations de cette circulaire est inopérant.
16. Le requérant rappelle que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ne fait pas obstacle à ce que le préfet puisse néanmoins délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de salarié à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance. Néanmoins, le préfet dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une telle mesure de régularisation, qui constitue une mesure de faveur. En l'espèce, où le requérant se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit de l'obligation qui lui a été faite de le quitter le 10 octobre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer qu'il n'y avait pas lieu, en opportunité, de le faire bénéficier d'une telle mesure gracieuse de régularisation.
17. Si le requérant soutient qu'à tort le préfet de la Loire-Atlantique ne lui a pas délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune considération humanitaire ne ressort du dossier et, si le requérant justifie d'une durée significative de séjour sur le territoire français, il a fait l'objet le 10 octobre 2019 d'une obligation de quitter le territoire français qu'il a néanmoins ignorée, de sorte qu'il ne justifie d'aucun motif exceptionnel. Il ne ressort ainsi pas du dossier que ce préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour.
18. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
19. Si le requérant séjourne depuis une longue durée sur le territoire français, il n'existe pas de communauté de vie avec la ressortissante française avec laquelle il s'était mariée en 2016 et qui, à l'appui de sa demande de divorce en 2017, a indiqué que les époux n'ont jamais cohabité. A supposer que ce mariage n'aurait pas été dissous à la date de l'arrêté attaqué, les époux sont séparés et n'ont pas d'enfant ensemble. Le requérant, qui ne conteste d'ailleurs pas être célibataire comme en fait état l'arrêté attaqué et en conséquence n'être plus marié, ne justifie pas d'attaches de nature privée, en particulier familiale, anciennes, intenses et stables sur le territoire français, où il se maintient irrégulièrement en dépit de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 10 octobre 2019. Il ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre son existence en Tunisie, pays dont il a la nationalité, où il a vécu habituellement pendant environ 40 ans, où il est retourné à la fin de 2016 et au début de 2017 et dont les autorités lui ont délivré de nouveaux passeports les 13 mars 2010, 15 août 2015 et 6 octobre 2018. S'il fait état des activités professionnelles qu'il a pu régulièrement exercer en France en conséquence du visa de long séjour qui lui avait délivré en sa qualité de conjoint, d'autres activités salariées exercées cette fois dans des conditions irrégulières ainsi que d'une promesse d'embauche, il ne ressort pas du dossier qu'il ne pourrait exercer une activité professionnelle ailleurs qu'en France, notamment en Tunisie. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, le préfet, en lui refusant la régularisation de sa situation de séjour et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour en France pendant un an, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions. Il en résulte que l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
20. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-8 de ce code dispose : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". L'article L. 613-2 de ce code dispose : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".
21. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
22. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'il comporte l'indication des considérations de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé d'interdire au requérant le retour en France pendant une durée d'un an, la lecture de cette indication lui permettant de connaître les motifs de cette décision. Le préfet n'a pas retenu la circonstance que la présence de l'intéressé en France menacerait l'ordre public et la motivation de cette décision n'avait, en conséquence, pas l'obligation de le préciser, ce que d'ailleurs elle fait néanmoins. Il en résulte que cette décision d'interdiction de retour est régulièrement motivée.
23. M. A C s'étant irrégulièrement maintenu en France au-delà du délai de départ volontaire dont était assortie l'obligation de quitter le territoire français dont il avait fait l'objet le 10 octobre 2019 et aucune circonstance humanitaire ne ressortant du dossier, c'est à bon droit que le préfet a pu assortir l'obligation de quitter le territoire français attaquée, de même assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, d'une interdiction de retour en France. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en fixant la durée de cette interdiction à un an.
24. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction ne sauraient être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de El C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guilbaud.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. B de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
A. B DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026