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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202183

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202183

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantGARELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 février 2022 et 19 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Garelli, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 21 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision des autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie) du 4 août 2021 rejetant sa demande de visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant la sincérité de son mariage avec Mme B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 3 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, s'est marié le 9 janvier 2021 à Mandelieu-la-Napoule avec Mme B, ressortissante française. Il a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissante française auprès des autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie), lesquelles ont rejeté sa demande par une décision du 4 août 2021. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 21 décembre 2021, dont M. C demande au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre le cas mentionné au deuxième alinéa, le visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne peut être refusé à un conjoint de français qu'en cas de fraude, d'annulation de mariage ou menace à l'ordre public ". Il appartient, en principe, aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa.

3. Il ressort du mémoire en défense que, pour refuser un visa de long séjour à M. C, la commission s'est fondée sur le motif tiré de l'existence d'un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant d'une absence de liens matrimoniaux et du caractère complaisant du mariage, contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale dans le seul but de faciliter l'établissement en France du demandeur, et attestant de l'absence de communauté de vie et d'intention matrimoniale entre les époux.

4.Pour établir le caractère complaisant de leur mariage, le ministre de l'intérieur fait valoir que M. C a fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire français en 2007, 2010 et 2019. Toutefois, la seule circonstance que M. C se soit maintenu irrégulièrement en France depuis plusieurs années à la date de son mariage avec Mme B ne suffit pas à démontrer le caractère insincère de leur union. En outre, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 23 septembre 2019, le tribunal administratif de Nice a annulé l'interdiction de retour sur le territoire qui lui avait été opposée. Par ailleurs, le ministre de l'intérieur soutient qu'aucun élément probant ne démontre une communauté de vie et une relation continue entre les époux ni avant, ni après le mariage. Toutefois, alors au demeurant que la charge de la preuve du caractère frauduleux du mariage incombe à l'administration, qui ne peut ainsi se fonder uniquement sur l'absence de preuves par les intéressés de la sincérité de leur union, le requérant produit un justificatif de domiciliation commune, des attestations de proches, lesquelles concordent quant à la nature de la relation qui les unit, émanant notamment de la fille de Mme B décrivant M. C comme son père, ainsi que des photographies le représentant avec son épouse. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que Mme B était enceinte à la date de la décision attaquée et a donné naissance, le 25 décembre 2021, à un enfant dont le père est M. C. Enfin, la situation de précarité de Mme B ne permet pas d'en conclure que son consentement au mariage aurait été affecté. Dans ces conditions, les éléments avancés par l'administration ne permettent pas d'établir le caractère frauduleux dudit mariage. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

5.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6.Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 21 décembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le rapporteur,

T. GUILLOTEAU

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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