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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202309

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202309

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantCABINET BAUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2022, M. B D A, représenté par Me Kanté, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) refusant de lui délivrer un visa dit " de retour " en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de faire réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1, L. 435-2, L. 423-7, L. 423-8 et L. 511-4-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 3 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D A, ressortissant camerounais né le 15 mars 1978, est entré en France le 7 juillet 1991 et y réside de façon régulière depuis cette date. Il est, selon ses déclarations, retourné au Cameroun le 20 mai 2021. Le 20 août 2021, il a demandé à l'autorité consulaire française à Yaoundé la délivrance d'un visa dit " de retour " afin de rentrer en France. Cette demande a été rejetée. M. D A a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours dirigé contre la décision consulaire, dont il a été accusé réception le 3 décembre 2021. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence de la commission, laquelle s'est substituée à celle de l'autorité consulaire.

2. L'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire indique : " En l'absence d'une réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois à compter de la date de réception du recours mentionnée ci-dessus, le recours est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée (CAA de Nantes, 17 novembre 2020, n°20NT00588). ". La décision consulaire comporte une case cochée portant le numéro 2 et la mention " Vous ne justifiez pas d'un droit au séjour. ".

3. En premier lieu, la décision consulaire, à laquelle renvoie, pour sa motivation, la décision contestée, mentionne notamment les dispositions des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 211-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables. Elle précise que le demandeur ne bénéficiait pas de droit au séjour en France. Dans ces conditions, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A l'appui de ce moyen, le requérant ne saurait, en outre, utilement contester le bien-fondé du motif de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer, d'une part, les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1, L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, la combinaison de celles des articles L. 423-7, L. 423-8 et L. 511-4-10 du même code, lesquelles sont relatives aux conditions du séjour des étrangers sur le territoire français et non à celles de leur entrée sur ce territoire.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 312-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. En ce cas, les autorités chargées de l'examen des demandes de visa ne disposent pas du pouvoir de refuser, quel que soit le motif invoqué pour justifier leur décision, l'octroi d'un visa d'entrée en France à l'étranger.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D A est titulaire d'une carte de résident valable du 15 mars 2016 au 14 mars 2026, de sorte qu'il disposait, à la date de la décision attaquée, d'un droit au séjour en France. Le ministre de l'intérieur fait toutefois valoir, dans ses écritures en défense, que le demandeur se présentant comme M. D A a usurpé l'identité de ce dernier. Pour démontrer l'intention frauduleuse alléguée, le ministre relève des incohérences dans les déclarations du requérant, lequel a indiqué aux autorités camerounaises avoir perdu son titre de séjour le 9 août 2021. Or le ministre établit que l'intéressé avait déjà informé les autorités françaises de la perte de son titre sans jamais avoir récupéré le duplicata édité le 5 novembre 2018 par les services de la préfecture. Par ailleurs, l'administration produit un laissez-passer délivré le 2 août 2021 par les autorités consulaires camerounaises en Turquie autorisant M. D A à voyager vers le Cameroun au motif que son passeport était expiré. Il ressort des mentions apposées sur ce document qu'il a été utilisé le 5 août 2021, alors que l'intéressé soutient demeurer sur le territoire camerounais depuis le 20 mai 2021, et qu'il a produit, à l'appui de sa demande de visa déposée le 20 août 2021, un passeport en cours de validité. Au vu de l'ensemble de ces éléments, auquel s'ajoute le bulletin numéro 2 du requérant faisant état de différentes identités, et en l'absence de toute explication en réplique, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en opposant l'absence de droit au séjour du demandeur se présentant comme M. D A, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

La rapporteuse,

M. C

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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