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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202403

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202403

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantMAZEAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2022 et 5 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Mazeas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 19 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, ses motifs étant inopposables à une demande de visa sollicité en qualité de commerçant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Barès, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour pour " commerçant, artisan, industriel ". Sa demande a été rejetée par une décision de l'autorité consulaire française à Alger du 24 octobre 2021. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 19 janvier 2022. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort du mémoire en défense que la décision attaquée est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que M. B ne fournit aucun élément sur les perspectives commerciales et la viabilité économique de son entreprise et ne démontre pas disposer de ressources lui permettant de garantir un séjour de plus de trois mois sur le territoire national, et, d'autre part, du risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins que la gestion de ladite entreprise.

3. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". L'article 7 du même accord stipule que : " () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; () ". En vertu de l'article 9 de cet accord, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre de l'article 7.

4. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où un visa de long séjour peut être refusé à un étranger désirant se rendre en France, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation à cet égard, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais sur toute considération d'intérêt général. Il en va, notamment, ainsi des visas sollicités en vue de bénéficier du certificat de résidence portant la mention " commerçant " prévu par l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B exerce une activité dans le domaine de la communication et de la production de films dans le cadre d'une entreprise individuelle qu'il a créée en 2019. Il a déclaré à l'URSSAF un chiffre d'affaires de 6 240 euros au titre de l'année 2019. Pour le premier trimestre 2020, il a déclaré un chiffre d'affaires de 9 800 euros. Le requérant produit, également, plusieurs contrats de travail à durée déterminée, relatifs à des prestations d'ingénieur du son pour des tournages réalisés en Algérie en 2021 et 2022, ainsi que des courriers faisant état du souhait de certaines collectivités ou entreprises de travailler ou retravailler avec lui en France à l'avenir. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que le compte bancaire au nom de l'entreprise de M. B affichait un solde créditeur de 10 230 euros au 31 juillet 2022. Si ce document est postérieur à la décision attaquée, il corrobore la réalité de l'activité passée de cette entreprise, ainsi que sa viabilité. L'intéressé établit, en outre, être propriétaire d'un logement en France et, ainsi, y disposer d'un hébergement stable et durable. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, M. B est fondé à soutenir que le premier motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. D'autre part, pour établir l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins que la gestion de l'entreprise, le ministre fait valoir que M. B s'est vu délivrer une carte vitale alors qu'il ne justifiait pas d'une résidence stable et régulière en France, n'ayant bénéficié que de visas de court séjour. Il ressort, toutefois, du courriel émanant des services de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) produit en défense que cette carte lui a été délivrée consécutivement à son affiliation au régime social des indépendants et au basculement automatique de son dossier vers la CPAM du Gard, ledit dossier ayant fait apparaître que l'intéressé était éligible à l'obtention d'une carte vitale. Les éléments produits par le ministre ne permettent, ainsi, pas de conclure à l'existence d'une manœuvre frauduleuse de la part de M. B, ni à celle d'un risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins.

7. En outre, le ministre ne démontre ni n'allègue que M. B serait manifestement insusceptible de remplir les conditions lui permettant d'obtenir, au terme de la durée de validité de son visa, un certificat de résidence " commerçant ", la condition tenant à l'inscription au registre du commerce ou des métiers, prévue par les stipulations de l'accord franco-algérien, étant notamment remplie.

8. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le second motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. B le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 19 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. B le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le rapporteur,

T. C

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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