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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202742

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202742

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 mars 2022 et le 16 août 2022, M. B C agissant en son nom propre et au nom de l'enfant mineure A C, représenté par Me Régent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours en contestation de la décision de l'autorité diplomatique française à Conakry du 27 septembre 2021 refusant de délivrer un visa d'entrée en France à l'enfant Rita C en qualité d'enfant étrangère de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de délivrer un visa de long séjour à l'enfant Rita C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer la demande de visa d'entrée en France dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la commission a communiqué les motifs de sa décision implicite après l'expiration du délai d'un mois qui lui était imparti pour ce faire ;

- la décision de la commission est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- la demande de visa n'a pas fait l'objet d'un examen précis et circonstancié ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le jugement supplétif d'acte de naissance est régulier, qu'ainsi, l'identité et la filiation de l'enfant Rita C sont établies, que sa fille et lui n'ont plus de contact avec la mère de sa fille depuis plus de dix ans et qu'ainsi, il assume seul la charge de sa fille ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par décision du 9 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Blin, substituant Me Régent, représentant M. C.

Le ministre de l'intérieur n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant français né en Guinée en 1980, soutient être le père de l'enfant Rita C, de nationalité guinéenne, née en 2008 pour laquelle une demande de visa d'entrée en France en qualité d'enfant de ressortissant français a été déposée, puis rejetée par l'autorité diplomatique française à Conakry. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours en contestation de cette décision et confirmé le refus de délivrance d'un visa.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles des autorités diplomatiques ou consulaires.

3. En premier lieu, à la suite de l'enregistrement par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du recours de M. C contre la décision de refus de visa le 25 octobre 2021, M. C a présenté le 29 décembre 2021 par l'intermédiaire de son conseil une demande de communication des motifs de la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur son recours. La décision du 2 février 2022, notifiée à M. C par un courrier daté du 3 février 2022, ne constitue pas cependant une réponse à cette demande mais bien une décision explicite qui, en vertu des dispositions précitées s'est substituée à la décision implicite de la commission. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir à l'appui du présent recours que la commission aurait dépassé le délai qui lui était imparti pour communiquer les motifs de sa décision implicite.

4. En deuxième lieu, par ailleurs, il ressort de la lecture de la lettre de notification de la décision du 2 février 2022 que la commission s'est fondée sur les articles L. 311-1, R. 311-2 et L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a pris en considération le fait que l'acte de naissance de l'enfant Rita C serait dépourvu de valeur probante et ne permettrait pas d'établir l'identité de la jeune fille et sur le fait que M. C n'a pas démontré bénéficier d'une délégation d'autorité parentale de la part de l'autre parent de l'enfant. Par suite, la décision comportant les considérations de droit et de fait la fondant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ".

6. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.

7. Pour établir le lien de filiation de l'enfant Rita C M. C verse pour la première fois à l'instance un jugement supplétif daté du 30 août 2018, d'après lequel l'enfant, née le 11 août 2008 en Guinée, est sa fille et celle de Mme D C. Le fait que le jugement supplétif à l'acte de naissance a été établi alors que l'enfant était âgée de dix ans ne permet pas, eu égard à l'objet même des jugements supplétifs dans un contexte probable de faible fréquence des déclarations de naissances auprès des services d'état civil, de remettre en cause l'authenticité du jugement supplétif. Si la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France soutient que la copie intégrale d'acte de naissance n'est pas conforme à l'article 160 du code civil guinéen en raison de l'absence de certaines mentions telles que les dates de naissance des parents, il ressort de la lecture du jugement supplétif que ces mentions y font également défaut, mais que tant les nom, prénom, date et lieu de naissance de l'enfant que les noms et prénoms des parents de l'enfant, figurant sur ces deux documents sont concordants. Ni l'absence de ces mentions portées sur les documents établis par transcription d'un jugement supplétif ni la circonstance que le jugement supplétif ait été transcrit en marge du registre de l'année 2021 et non de l'année 2008, contrairement à ce qu'ordonne ledit jugement ne permettent, en l'espèce, d'en démontrer le caractère frauduleux. Par suite, en estimant que l'identité et la filiation de l'enfant n'étaient pas établis, la commission a commis une erreur d'appréciation.

8. La décision attaquée est toutefois fondée également sur un second motif tiré de l'absence de délégation d'autorité parentale de la part de l'autre parent de l'enfant.

9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Par une " attestation de prise en charge " signée par le " chef du greffe notaire " du tribunal de première instance de Labé en Guinée, établie sur requête de M. B C, visant le jugement supplétif du 30 août 2018 tenant lieu d'acte de naissance de l'enfant Rita C et visant l'audition de deux témoins majeurs, l'autorité guinéenne indique que l'enfant Rita C " est à la charge de son père B C depuis que sa mère, Aissatou C l'a laissée dans les mains de sa grand-mère paternelle Kadiatou C () à l'âge de trois ans pour aller vers le Gabon et depuis aucune nouvelle ". Cet acte n'équivaut pas cependant à un jugement rendu par une juridiction guinéenne accordant l'exclusivité de l'autorité parentale à M. C alors que le ministre de l'intérieur fait valoir que l'article 196 du code de la famille guinéen ne reconnait aucune renonciation ou cession d'autorité parentale si ce n'est en vertu d'un jugement. Le requérant ne démontre pas non plus, par les photographies produites et les quelques transferts d'argent contemporains de la demande de visa, ni que l'intérêt de sa fille A C, âgée de treize ans à la date de la demande de visa et qui n'en avait que six lorsque son père est entré en France, n'a pas été une pris en compte ni une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de délivrer un visa de long séjour à sa fille A C, la commission aurait porté une atteinte excessive à son intérêt supérieur au sens des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni qu'elle aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce second motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

12. Par ailleurs, l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant les conditions de délivrance d'un titre de séjour aux enfants étrangers d'un ressortissant français, et non les conditions d'octroi d'un visa d'entrée en France, le moyen de la requête tiré de la méconnaissance de ces dispositions par la décision litigieuse ne peut qu'être écarté.

13. Enfin il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. C et de l'enfant Rita C n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 2 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours de M. C et confirmé le refus de délivrance d'un visa d'entrée en France à l'enfant Rita C.

Sur les conclusions accessoires :

15. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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