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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202874

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202874

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantKHADRAOUI-ZGAREN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2022, M. A B et Mme C D épouse B, représentés par Me Khadraoui-Zgaren, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du 22 novembre 2021 refusant de délivrer à M. B un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée ainsi que la décision consulaire sont insuffisamment motivées ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 17 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, s'est marié le 30 juin 2021 à Nice (Alpes-Maritimes) avec Mme C D, ressortissante française. Il a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissante française auprès de l'autorité consulaire française à Tunis, laquelle a rejeté sa demande par une décision du 22 novembre 2021. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ce refus consulaire par une décision explicite du 20 janvier 2022, dont les requérants doivent être regardés comme demandant au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ".

3. Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa.

4. La décision attaquée est fondée sur l'absence de preuves du maintien d'échanges réguliers et constants de quelque nature que ce soit entre les époux depuis le mariage, l'absence de projet concret de vie commune et de participation de M. B aux charges du mariage selon ses facultés propres, ces éléments constituant un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant du caractère complaisant du mariage, contracté dans le seul but de faciliter l'établissement en France du demandeur. Le ministre développe ce motif dans son mémoire en défense.

5. Les éléments relevés par l'administration ne permettent pas de démontrer le caractère frauduleux du mariage. Il ne saurait être exigé, au vu du cadre exposé au point 3, que les requérants rapportent la preuve de leur intention matrimoniale en vue de l'obtention du visa sollicité alors qu'il revient à l'administration, par des éléments objectifs suffisamment précis et concordants, d'établir la fraude alléguée. La circonstance que les requérants apportent peu d'élément de nature à établir l'existence d'une communauté de vie antérieurement au mariage ne permet, ainsi, pas d'établir son caractère frauduleux. Par ailleurs, s'il est constant que M. B se trouvait en situation irrégulière en France depuis plusieurs années à la date du mariage, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer que son union avec Mme D aurait eu pour unique objectif de régulariser sa situation administrative. Au surplus, les requérants produisent plusieurs photographies qui, bien que non datées, ont visiblement été prises en différentes périodes et lieux, des extraits d'échanges par application de messagerie témoignant du maintien de leur relation après le départ de M. B pour la Tunisie, un courrier de Mme D épouse B apportant des précisions sur sa rencontre et sa relation avec M. B, ainsi que la preuve que celle-ci s'est elle-même rendue à plusieurs reprises en Tunisie à la fin de l'année 2021. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. B le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors que les requérants ne démontrent pas avoir exposé des frais autres que ceux pris en charge à ce titre dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête tendant à ce que l'Etat leur verse une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 20 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. B le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme C D épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le rapporteur,

T. GUILLOTEAU

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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