mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | DUMAZ ZAMORA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mars 2022 et le 26 août 2022, Mme B C et M. D E, représentés par Me Dumaz Zamora, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 5 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision implicite née le 4 janvier 2022 des autorités consulaires françaises à Téhéran (République islamique d'Iran) refusant de délivrer à Mme C au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité, dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 24 août 2022 et le 2 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens des requérants ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Desimon, rapporteur public,
- et les observations de Me Neve, substituant Me Dumaz Zamora, avocate de Mme C et M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant afghan, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par décision du directeur général de l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 juin 2019. Mme C, qu'il présente comme sa concubine, a déposé une demande de visa de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Téhéran, en qualité de membre de la famille d'un réfugié. Par une décision implicite née le 4 janvier 2022, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 5 mars 2022, dont Mme C et M. E demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Saisie du recours administratif préalable obligatoire formée par Mme C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en a accusé réception le 5 janvier 2022 et a indiqué à cette occasion qu'en l'absence de réponse expresse dans un délai de deux mois à compter de cette date, le recours était réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision des autorités consulaires françaises à Téhéran, qui ont rendu le 3 janvier 2022 une décision implicite de refus de délivrance de visa. Toutefois, il ressort des écritures des parties, concordantes sur ce point, que l'administration, pour refuser de délivrer le visa sollicité, s'est fondée sur les motifs tirés de ce que le mariage des requérants est contraire à la conception française de l'ordre public international, que le certificat de mariage serait frauduleux témoignant d'une menace à l'ordre public, et enfin que le concubinage des requérants n'est pas établi.
3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; () ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
4. D'une part, le ministre de l'intérieur et des outre-mer invoque l'existence d'une fraude au certificat de mariage qu'il qualifie de menace à l'ordre public, compte tenu de l'unique incohérence sur la date du mariage des requérants qui y est portée avec celle communiquée par le requérant lors du dépôt de sa demande d'asile. Toutefois, les requérants expliquent cette différence par une incompréhension, qui est plausible, liée à la traduction des questions posées lors de l'entretien mené devant l'OFPRA au cours de l'examen de la demande d'asile de M. E. Dans ces conditions, et alors que leurs déclarations ont été parfaitement constantes en dehors de cet évènement, ce motif est entaché d'une erreur d'appréciation.
5. D'autre part, il est constant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé d'enregistrer ce mariage en raison de sa contrariété à la conception française de l'ordre public international, dès lors qu'il ressortait des déclarations de M. E que Mme C était mineure à la date de son mariage. Les requérants entendent donc se prévaloir de leur qualité de concubins au sens des dispositions du 2° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. E a déclaré, à tort, Mme C comme son épouse lors du dépôt de sa demande d'asile devant l'OFPRA, qui l'a enregistrée en qualité de concubine. Les requérants soutiennent également, sans être contredit sur ce point, avoir cohabité à compter de leur union célébrée en Afghanistan le 23 février 2013 jusqu'en 2015, année durant laquelle M. E a dû fuir son pays pour se mettre à l'abri des persécutions. Si le maintien d'une vie commune n'était plus possible à compter de ce départ, les requérants produisent de nombreuses pièces faisant état de relations suivies malgré la résidence en Allemagne puis en France de M. E. Ils produisent au surplus de nombreuses photographies de leur couple et des mandats financiers. Compte tenu de ces éléments et des déclarations toujours constantes, cohérentes et circonstanciées du réunifiant quant à sa relation avec la demanderesse de visa, les requérants doivent être regardés comme justifiant de la continuité et de la stabilité de leur vie commune, avant l'introduction de la demande d'asile de M. E, au sens des dispositions du 2° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
7. Par suite, et eu égard aux motifs de la demande de visa, la décision attaquée a porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme C et M. E sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme C le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai d'un mois à compter de sa notification, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.
Sur les frais liés au litige :
11. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Dumaz Zamora, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 5 mars 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme C le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte de 100 (cent) euros par jour est prononcée à l'encontre de l'Etat, s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.
Article 4 : L'Etat versera à Me Dumaz Zamora la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. D E, à Me Dumaz Zamora et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Beyls, conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.
La rapporteure,
H. A
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026