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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203083

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203083

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, M. A D, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le refus d'accorder un délai de départ volontaire est facultatif ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle n'est pas suffisamment motivée ;

- il justifie de circonstances humanitaires y faisant obstacle ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Loirat, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant de la République du Congo né le 11 novembre 1976 à Pointe-Noire, déclare être entré irrégulièrement en France le 29 octobre 2015. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par une décision du 30 juin 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 13 juin 2017 de la Cour nationale du droit d'asile. Il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales. Le 14 décembre 2018, il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été admise par un jugement du 18 décembre 2019 du tribunal administratif de Nantes. Le 30 juin 2021, l'intéressé a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 24 novembre 2021, portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise notamment l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle les conditions d'entrée en France de M. D, le rejet définitif de sa demande d'asile et son maintien en situation irrégulière en dépit d'une obligation de quitter le territoire, opposée le 14 décembre 2018, à laquelle il n'a pas déféré. La décision constate que le demandeur vit séparé de la mère et de son enfant né en France le 5 mai 2020 et qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ce dernier. Elle indique que ses attaches personnelles se situent en République du Congo où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans et où résident deux de ses enfants mineurs. La décision attaquée est ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivée en droit comme en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

4. Si M. D se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2015, il est constant qu'il s'est maintenu irrégulièrement en dépit du rejet définitif de sa demande d'asile et de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 14 décembre 2018. Par ailleurs, s'il justifie être père d'un enfant né en France le 5 mai 2020 de sa relation avec une ressortissante congolaise, Mme C, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2024, il est constant qu'à la date de la décision attaquée celle-ci réside avec l'enfant dans le département du Morbihan tandis que l'intéressé est hébergé par un ami dans le département de la Sarthe. En outre, si le requérant produit des factures d'achats, des justificatifs de transferts d'argent au profit de la mère de l'enfant effectués en décembre 2020, et en janvier et février 2021, quelques photographies non datées ainsi que des attestations sur l'honneur rédigées en des termes peu circonstanciés, ces éléments ne permettent pas d'établir que M. D contribuerait de manière effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Il ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de la décision du juge aux affaires familiales du 5 juillet 2022, relative à l'exercice de l'autorité parentale conjointe à l'égard de l'enfant, qui reconnaît un droit de visite à M. D et le dispense du versement d'une pension alimentaire compte tenu de son impécuniosité, dès lors qu'elle est postérieure à la décision attaquée et donc sans incidence sur sa légalité. Enfin, le requérant ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident deux de ses enfants, âgés de 10 et 17 ans à la date de la décision attaquée, et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans. Dans ces conditions, M. D ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux sur le territoire français, tels qu'au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, le refus de l'admettre au séjour porterait une atteinte manifestement excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 4, le requérant ne justifie pas contribuer effectivement et de manière habituelle à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, ni même entretenir des liens suivis avec lui. En tout état de cause, le refus de lui délivrer un titre de séjour n'a pas pour effet de le séparer de cet enfant. Il en résulte que B décision ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet aurait, en refusant de l'admettre au séjour, méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement en France et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Ces circonstances suffisent, contrairement à ce que soutient le requérant, à justifier légalement le refus de lui accorder un délai de départ volontaire en application des dispositions, citées au point précédent, des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En second lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de B décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

12. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si B motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 précité, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

13. La décision attaquée d'interdiction de retour sur le territoire français faite à M. D est fondée sur ce que l'intéressé : " se maintient irrégulièrement sur le territoire, qu'il n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre en décembre 2018, qu'il ne démontre pas non plus contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, qu'il ne justifie pas enfin de son intégration dans la société française et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident deux de ses enfants ". B motivation de la décision portant interdiction de retour prise à l'encontre de M. D est ainsi suffisante et conforme aux exigences énoncées au point précédent.

14. En deuxième lieu, M. D soutient justifier de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une décision d'interdiction de retour à son encontre. Toutefois, et alors que son état de santé de l'intéressé ne justifie pas son maintien sur le territoire français, qu'il n'établit pas être isolé en cas de retour en République du Congo, où vivent notamment deux de ses enfants, le requérant ne saurait, en se bornant à faire état sans précision des " conditions de vie dans son pays d'origine ", comme justifiant de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire. Ainsi, et alors même que l'intéressé ne représenterait aucune menace à l'ordre public, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les dispositions rappelées au point 10 en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.

15. En troisième et dernier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2021 du préfet de la Sarthe doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Murillo et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 15 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

La présidente-rapporteure,

C. LOIRATL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIERLa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

vb

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