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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203505

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203505

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET BAUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, M. C B A, représenté par Me Kanté, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française au Sri Lanka refusant de lui délivrer un visa de long séjour de retour en France ;

2°) d'enjoindre à l'administration, à titre principal, de lui délivrer un visa de long séjour de retour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, sous la même astreinte ;

3°) au cas où l'avocat a été désigné au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'administration une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il réside en France depuis plus de trente et un ans ;

- la décision méconnait les articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sri lankais né en 1957, demande au tribunal d'annuler la décision du 14 septembre 2021 par laquelle l'autorité diplomatique française au Sri Lanka a refusé de lui délivrer un visa de long séjour de retour en France.

2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles des autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite les conclusions à fin d'annulation dirigées, non contre la décision de la commission, mais contre la décision initiale de refus prise par les autorités diplomatiques, sont irrecevables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a contesté la décision de refus de l'autorité diplomatique française au Sri Lanka devant la commission de recours qui a accusé réception de son recours le 16 novembre 2021. Le silence gardé par la commission sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet qui s'est, dès lors, substituée à celle de l'autorité diplomatique. Les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent, par conséquent, être regardées comme dirigées contre cette dernière décision et sont dès lors recevables.

4. Il résulte du point qui précède que le moyen de la requête tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de l'autorité diplomatique française au Sri Lanka, qui ne concerne pas la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, doit être écarté comme inopérant.

5. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que la décision implicite de la commission doit être regardée comme se fondant sur le fait que M. B A ne disposait d'aucun titre de séjour en cours de validité à la date de la décision attaquée et que la préfecture de police a émis un avis défavorable à la délivrance d'un visa de retour au motif que l'intéressé n'avait pas pris de rendez-vous pour renouveler son titre de séjour.

6. Aux termes de l'article L. 312-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour. " En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a séjourné en France sous couvert d'une carte pluriannuelle de séjour valable du 26 avril 2018 au 25 avril 2020. Le ministre produit en défense un courriel de la préfecture de police de Paris du 14 septembre 2021 d'après lequel l'intéressé n'a pas sollicité le renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour. M. B A a quitté le territoire français le 27 janvier 2020 pour se rendre au Sri Lanka où il se trouvait à la date de la décision litigieuse. Si son titre de séjour était en cours de validité à la date de son départ de France, sa validité avait expiré depuis plus d'un an à la date à laquelle M. B A a sollicité la délivrance d'un visa de retour et l'intéressé ne pouvait se prévaloir de ses précédents séjours réguliers en France à l'appui de sa demande de visa. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. M. B A justifie par les pièces jointes à sa requête d'un séjour régulier en France sur la période du 13 avril 2004 au 5 novembre 2012 ainsi que du 23 juin 2016 au 22 juin 2017 et démontre avoir travaillé comme agent d'entretien des années 2002 à 2008, 2010 à 2015 pour divers employeurs ainsi que comme commis de cuisine en 2008 et 2009. Il établit avoir déclaré ses revenus auprès de l'administration fiscale et avoir payé ses impôts. Toutefois, le requérant, qui est délibérément resté en dehors de France du mois de janvier 2020 au mois de septembre 2021, n'est pas empêché de solliciter la délivrance d'un visa d'entrée en France pour exercer une activité professionnelle ou pour un autre motif. La décision par laquelle la commission a rejeté son recours formé contre le refus diplomatique de lui délivrer un visa de long séjour de retour ne peut, dès lors, être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté pour les mêmes motifs.

10. Les articles L. 435-1, L. 435-2 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant la délivrance de titres de séjour et non de visas d'entrée en France, les moyens tirés de la méconnaissance de leurs dispositions ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte et les conclusions relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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