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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203558

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203558

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

G une requête et un mémoire enregistrée le 18 mars 2022 et le 29 septembre 2022, Mme C E A, représentée G Me Tsaranazy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 G laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Douala refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui faire délivrer sans délai un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire est entachée d'incompétence ;

- il n'est pas établi que la commission s'est régulièrement réunie pour statuer sur son recours ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la commission a commis une erreur de droit en retenant l'insuffisance de ses ressources pour bénéficier du visa sollicité ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision prise G la commission le 16 mars 2022 est le résultat d'un procédé déloyal ;

- la décision est entachée d'erreur de fait.

G un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés G la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A, ressortissante camerounaise née en 1956, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée en France en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français. G la présente procédure, elle demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du 16 mars 2022 G laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Douala rejetant sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si la requérante soutient que la décision de l'autorité consulaire serait entachée d'incompétence, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision prise G la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé devant elle se substitue à la décision de l'autorité consulaire ou diplomatique dont la légalité ne peut plus être utilement discutée. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission instituée à l'article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé siège à Nantes. () / Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. "

4. Il ressort de la feuille de présence à la séance de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 16 mars 2022, produite G le ministre en défense qu'ont siégé à cette séance le second suppléant du président de la commission, la représentante du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, le représentant du ministère de l'intérieur, un magistrat administratif et la première suppléante de la représentante du ministère chargé de l'immigration. G suite, les règles de composition de la commission ayant été respectées, le moyen de la requête tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort de la lecture de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que celle-ci vise les articles L. 211-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles L. 313-6 et suivants et L. 314-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle motive le rejet du recours de Mme E A G le fait que l'intéressée ne justifie pas " de la prise en charge de ses éventuelles dépenses médicales et hospitalières pendant les six premiers mois de son séjour en France " et que M. D H B ne justifie pas " de ses revenus et charges familiales () ni d'un logement adapté pour pouvoir accueillir la demanderesse ". Le moyen de la requête tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, s'il est constant que la commission n'a statué explicitement sur le recours de Mme E A formé le 13 décembre 2021 qu'après la naissance d'une décision implicite de rejet de ce recours et après la demande de communication des motifs de cette décision implicite, la réunion de la commission, le 16 mars 2022, pour statuer collégialement sur le recours de l'intéressée et la communication d'une décision motivée se prononçant explicitement sur ce recours ne peuvent être regardées comme révélant un procédé déloyal de la part de l'administration. Le moyen présenté en ce sens ne peut donc qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ".

8. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour G un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'ascendant à charge de ressortissant français, les autorités consulaires ou diplomatiques peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

9. Mme E A produit un " certificat de non fonction " daté du 22 mars 2021 revêtu de la signature et du cachet d'un élu municipal de Douala au Cameroun, d'après lequel elle a déclaré n'exercer aucune activité salariale. Si la requérante verse également au dossier une " attestation de non redevance " du ministère des finances de la République du Cameroun du 24 mars 2021, d'après laquelle elle " n'est redevable d'aucun impôt vis-à-vis de l'administration fiscale ", le ministre produit un avis de taxe foncière adressé à l'intéressée au mois de mars 2021 dont il déduit que l'intéressée est propriétaire d'un logement. Mme E A produit G ailleurs un extrait de relevé bancaire à son nom faisant apparaître entre les mois de février à juillet 2021, une épargne diminuant d'environ 24 000 francs CFA à environ 8 000 francs CFA, soit d'environ 35 à 12 euros. Née en 1956, la requérante soutient G ailleurs ne plus pouvoir exercer d'activité professionnelle et justifie être suivie médicalement pour un diabète de type 2 et de l'hypertension. Elle établit G ailleurs le décès de son époux en 2005 ainsi que son lien de filiation avec son fils D F B, né en 1992, devenu français G naturalisation en 2018, dont elle soutient qu'il est son seul enfant. Il ressort des pièces du dossier que M. H B a déclaré à l'administration fiscale avoir adressé à sa mère des montants totaux de 2 116 euros en 2018, de 1 799 euros en 2019, de 3 318 euros en 2020 et de 2205 euros en 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis d'imposition de M. H B au titre des revenus de l'année 2020, qu'il déclare avoir à sa charge en résidence exclusive deux enfants mineurs ou handicapés. Il ressort également des pièces du dossier que M. H B exerce une activité de joueur de football professionnel et qu'il occupe un emploi à temps partiel d'assistant d'éducation pour un revenu brut global d'environ 14 000 euros annuels en 2020 et s'acquitte d'un loyer mensuel de 685 euros. Dans ces conditions, alors même que M. F B, le fils de la requérante, est locataire d'une maison de quatre pièces, d'une surface de 88 mètres carrés, il ne justifie pas de ressources personnelles suffisantes lui permettant d'assumer également la charge de sa mère. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir qu'en ne lui reconnaissant pas la qualité d'ascendante à charge de son fils la commission aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, il ressort de la lecture de la décision attaquée que la commission a relevé l'absence de preuve de la souscription d'une assurance prenant en charge les dépenses médicales ou hospitalières de la demanderesse " pendant les six premiers mois de son séjour en France ". G suite, la requérante, qui produit une attestation d'assurance maladie valable trois mois, n'est pas fondée à soutenir que la décision serait sur ce point entachée d'erreur de fait. G ailleurs, les considérations relatives aux revenus et charges familiales du fils de I E A et aux conditions matérielles d'accueil proposées G celui-ci relevant du contrôle de l'erreur manifeste d'appréciation, dont il résulte de ce qui a été dit au point 9 qu'elle n'est pas établie G les pièces du dossier, le moyen tiré de l'erreur de fait commise G la commission sur ces considérations ne peut qu'être écarté.

11. En septième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci étant relatives à la délivrance aux parents à charge d'un Français et de son conjoint d'une carte de résident, et ne concernant pas les conditions d'octroi d'un visa d'entrée en France, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

12. En huitième et dernier lieu, Mme E A a vécu depuis sa naissance dans son pays d'origine. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. H B serait dans l'impossibilité de lui rendre visite au Cameroun. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la commission aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 16 mars 2022 G laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours de Mme E A doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

14. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter G voie de conséquences les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public G mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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