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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203988

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203988

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantHAMDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, M. C B, représenté par Me Hamdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre la décision de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 10 janvier 2022 du consulat de France à Tunis (Tunisie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au consul général de Tunis de lui délivrer le visa sollicité sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3)°de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission est insuffisamment motivée ;

- la décision de la commission a violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire, enregistré le 23 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022 :

- le rapport de M. Rosier, rapporteur,

- et les observations de Me Hajji, substituant Me Hamdi, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 31 mars 1991 à Bizerte (Tunisie), de nationalité tunisienne, a épousé le 29 octobre 2021 à Djerba Midoun (Tunisie) Mme D A ressortissante française née le 4 avril 1977. Le mariage a été transcrit en France le 14 décembre 2021. M. B a présenté une demande de visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française auprès des autorités consulaires françaises à Tunis. Par une décision du 10 janvier 2022, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite, dont M. B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.Aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

3.L'administration fait valoir que les circonstances de la rencontre du couple et du début de leur relation restent évasives et que les preuves d'une relation suivie et continue n'apparaissent qu'à partir de l'année 2021, année de leur mariage. Elle indique que les photographies versées sont postérieures à la décision contestée. Le ministre de l'intérieur précise, en outre, qu'il s'agit du troisième mariage de Mme A avec un ressortissant algérien puis tunisien. Les attestations produites sont stéréotypées, postérieures au refus de visa et seraient de la main de la même personne. M. B n'établit aucune contribution effective aux charges de ménage. Enfin, il n'est pas établi que Mme A ait subi une opération du genou pour laquelle elle nécessiterait la présence d'une personne.

4.Toutefois, la circonstance que Mme A se soit déjà engagée à plusieurs reprises dans l'institution matrimoniale, ne permet pas de conclure, en l'espèce à l'absence d'intention matrimoniale, dès lors que l'administration ne soutient pas que ces précédents mariages auraient été frauduleux. Si l'administration entend se prévaloir d'une similitude entre les expressions et une faute d'orthographe dans les trois attestations et que celles-ci seraient rédigées par une même personne, elle n'établit pas ce ressenti faute d'une expertise graphologique ordonnée par l'autorité judiciaire seule de nature à en attester. Enfin, si l'administration entend se prévaloir d'un certain nombre de contrats de location pour indiquer que M. B ne contribue pas aux charges du mariage, ce seul élément n'est pas de nature à corroborer cette affirmation. Il ressort des pièces du dossier que le requérant et la requérante ont fait état de différentes circonstances relatives aux liens qui les unissent. Pour corroborer leurs allégations relatives à la sincérité de leur union matrimoniale, elle et lui ont produit diverses pièces, au nombre desquelles figurent des photographies prises en 2020 dans différents contextes, des captures d'écran sur une application de messagerie instantanée, dont certaines sont antérieures au refus de visa, plusieurs attestations des proches des deux époux qui énoncent que cette relation remonte à l'année 2019 et des éléments relatifs à des voyages de Mme A en Tunisie.

5.Ainsi, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, les éléments exposés au point 3 ne peuvent être tenus pour suffisamment précis et concordants pour établir la fraude qu'allègue l'administration, faute pour elle de rapporter la preuve, qui lui incombe, que le mariage du demandeur de visa a été conclu dans le but exclusif de faciliter l'installation de celui-ci en France. Dans ces conditions, la partie requérante est fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur d'appréciation.

6.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. B le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8.Il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. B le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LEGOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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