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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204146

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204146

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - M. CHUPIN
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2022, Mme A C, représentée par Me Roulleau, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022, notifié le 24 mars 2022, par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L.425-9 et L.611-3 al 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative).

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Chupin, président honoraire de tribunal administratif, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Chupin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique :

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.Mme A C, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 15 mars 1998, déclare être entrée irrégulièrement en France le 18 octobre 2019. Elle a déposé une demande d'asile le 25 octobre 2019 en préfecture de Maine-et-Loire. Par une décision du 28 juin 2021, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Le 17 février 2022, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision. Par sa requête, Mme C demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai, en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions principales à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité " et aux termes de l'article L.614-5 du même code : " ()Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office.".

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3 . Aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

4. Mme C soutient que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, dès lors que le préfet de Maine-et-Loire, informé du fait qu'elle a des problèmes de santé aurait dû, en application desdites dispositions, saisir pour avis, préalablement à la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, en droit, cette obligation faite au préfet ne s'impose que si l'autorité préfectorale dispose d'éléments suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers ne pouvant faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'appréciation de cet état de santé devant être réalisée à la date de celle-ci et fondée sur des documents médicaux probants. En l'occurrence Mme C soutient qu'elle souffre d'un syndrome de stress post-traumatique complexe avec des éléments psychotiques auquel s'ajoute un syndrome dépressif sévère ayant conduit à son hospitalisation dans un établissement de soins spécialisés du 17 février au 22 février 2022 et que son état nécessite un suivi rapproché avec prise en charge médicale spécifique. Elle produit à cet égard deux certificats médicaux établis les 12 et 15 mars 2022 par le docteur B, psychiatre des hôpitaux, selon lesquels l'intéressée présente effectivement un tableau psychiatrique sévère justifiant un suivi spécialisé très rapproché et un traitement adapté. Si Madame C a effectivement déposé une demande de titre de séjour pour raisons médicales le 11 mars 2022, il ressort cependant des pièces du dossier que, par courrier du 12 avril 2022, le préfet de Maine-et-Loire a informé l'intéressée que sa demande ayant été déposée au-delà du délai de 3 mois prévu par la combinaison des articles L. 431-2 et D 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il lui appartenait de produire un certificat médical attestant que la pathologie dont elle souffre est apparue postérieurement à l'enregistrement de sa demande d'asile. Or, le 28 avril 2022, Mme C a transmis un certificat médical et des documents d'état civil dont il est apparu qu'ils ne sont pas recevables au regard des dispositions des articles L.435-3 et R.431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en l'absence de certitude sur la nationalité de la requérante, le préfet de Maine-et-Loire était fondé, en l'état de l'instruction, à ne pas saisir les médecins de I'OFII, ces derniers étant placés dans l'incapacité de se prononcer sur la disponibilité des soins dans le pays d'origine de la demanderesse. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9°de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de la reconduite :

5. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ", et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

6. Mme C soutient que le retour dans son pays d'origine l'exposerait à des risques graves pesant sur sa sécurité personnelle, eu égard aux menaces et violences dont elle serait l'objet de la part des autorités de son pays en raison de son engagement politique et de sa participation à des manifestations et de l'existence d'un réseau de traite d'êtres humains auquel elle s'est soustraite. Pour demander l'annulation de la décision attaquée, Mme C se borne toutefois à reproduire le récit qu'elle a exposé devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile qui ont considéré que les déclarations de l'intéressée étaient imprécises, lacunaires et peu crédibles. Ainsi, en l'état de l'instruction, les faits allégués par Mme C qui ne présente aucun élément nouveau de nature à fonder les craintes qu'elle invoque ne peuvent être regardés comme étant établis. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier que son état de santé peut, en tout état de cause, être pris en charge dans son pays d'origine allégué et qu'elle n'est pas à ce titre exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par Mme C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. En vertu de ces dispositions, le juge ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Roulleau et au préfet de Maine-et-Loire.

Mis à disposition du public le 15 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. CHUPIN

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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