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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204199

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204199

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, M. C B, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 31 mars 2021 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation et a substitué à cette décision d'irrecevabilité une décision de rejet de la demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient au ministre de l'intérieur de justifier de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 34 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 3 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 31 mars 2021 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation et a substitué à cette décision d'irrecevabilité une décision de rejet de la demande de naturalisation.

2. Conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 19 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française du 20 mai 2021, M. A a été nommé directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité. Par une décision du 1er juillet 2021, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 4 juillet 2021, M. A a accordé à Mme D E, adjointe au chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit dès lors être écarté.

3. La décision attaquée expose avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le ministre de l'intérieur n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation du postulant mais des seuls éléments pertinents se trouvant au fondement de sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation de la décision attaquée mentionnée au point précédent, que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B avant de rejeter le recours hiérarchique formé par celui-ci.

5. Aux termes de l'article 21-16 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Ces dispositions imposent à tout candidat à l'acquisition de la nationalité française de résider en France et d'y avoir fixé durablement le centre de ses intérêts familiaux et matériels à la date à laquelle il est statué sur sa demande. Pour apprécier si cette dernière condition est remplie, l'administration peut notamment se fonder, sous le contrôle du juge, sur la durée de la présence du demandeur sur le territoire français, sur sa situation familiale, ainsi que sur le caractère suffisant et durable des ressources qui lui permettent de demeurer en France. Par ailleurs, aux termes de l'article 21-15 du même code : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement tenir compte de toutes les circonstances de l'affaire, y compris de celles qui ont été examinées pour statuer sur la recevabilité de la demande et prendre en compte le degré d'insertion professionnelle du postulant et le niveau et la stabilité de ses ressources.

6. Pour rejeter la demande de naturalisation de M. B, le ministre s'est fondé sur un premier motif tiré de ce que le postulant n'avait pas établi en France l'ensemble de ses attaches familiales et sur un second motif tiré de l'absence de pleine insertion professionnelle du postulant, à défaut de ressources suffisantes, après appréciation globale de son parcours professionnel depuis l'entrée en France de M. B.

7. S'agissant du motif tiré de ce que le requérant n'avait pas établi à la date de la décision attaquée le centre de ses intérêts en France, il est constant que l'unique enfant de M. B, née le 6 octobre 2015, et avec laquelle le requérant soutient entretenir des liens, réside hors de France. Si M. B soutient que cette circonstance ne peut lui être opposée dans le cadre de sa demande de naturalisation dès lors que la mère de l'enfant ferait obstacle à ce que leur enfant commun réside en France, il ne l'établit pas. M. B ne fait en outre pas valoir d'attaches familiales en France. Par suite, le ministre de l'intérieur pouvait, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, rejeter sa demande de naturalisation pour ce premier motif.

8. S'agissant du motif tiré de l'absence de pleine insertion professionnelle du postulant, à défaut de ressources suffisantes, il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, M. B était employé par une entreprise spécialisée dans les travaux paysagistes, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 1er avril 2021, qui faisait suite à des contrats à durée déterminée conclus avec cette même entreprise. Toutefois, ce contrat de travail à durée indéterminée porte sur un emploi à temps partiel, de sorte que M. B complète ses revenus salariaux par les bénéfices tirés d'une activité de livreur à vélo qui ne présentent pas un degré de stabilité suffisant, de sorte qu'à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, la régularité de revenus suffisants n'était pas encore établie. Dans ces conditions, et en dépit des efforts démontrés par M. B pour assurer son insertion professionnelle et son autonomie financière, le ministre de l'intérieur pouvait, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, rejeter sa demande de naturalisation pour ce second motif.

9. Enfin, les stipulations de l'article 34 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ne créent pas pour l'Etat français une obligation d'accorder la nationalité française aux personnes bénéficiant du statut de réfugié ou de la protection subsidiaire qui la demandent. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait ces stipulations.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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