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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204212

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204212

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMASILU-LOKUBIKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 1er avril 2022 sous le n° 2204212, M. B A, représenté par Me Masilu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 4 août 2021 portant ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle a été prise au motif de son séjour irrégulier au cours des années 2010 à 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023 sous le n° 2311382, M. B A, représenté par Me Masilu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juin 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 4 août 2021 portant ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle a été prise au motif de son séjour irrégulier au cours des années 2010 à 2013 ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Delohen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien né le 9 juillet 1993, a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis, qui l'a ajournée à deux ans par une décision du 4 août 2021. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, l'intéressé demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision préfectorale, ainsi que de la décision expresse prise le 26 juin 2023 par le ministre sur son recours, substituant à la décision préfectorale le rejet de sa demande d'acquisition de la nationalité française.

Sur l'objet du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 26 juin 2023, le ministre de l'intérieur, statuant sur le recours administratif préalable de M. A, a décidé de rejeter sa demande de naturalisation. Il en résulte que les conclusions dirigées contre la décision implicite du ministre doivent être regardées comme dirigées contre cette décision expresse.

Sur la légalité de la décision ministérielle :

3. En premier lieu, contrairement à ce que fait valoir M. A, la décision de rejet de sa demande de naturalisation n'est pas fondée sur la circonstance qu'il a séjourné de manière irrégulière en France au cours des années 2010 à 2013. Le moyen tiré de l'erreur de droit est ainsi inopérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite.

5. Pour décider le rejet de la demande de naturalisation de M. A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur l'absence d'accomplissements particuliers ou de qualités singulières susceptibles de justifier qu'il y soit donné une suite favorable. Le requérant, qui conteste le motif initialement retenu par le préfet, tiré de son séjour irrégulier au cours des années 2010 à 2013, et se prévaut de la durée de sa présence en France ainsi que de son insertion professionnelle, ne critique pas utilement le motif de rejet retenu par le ministre suite à l'exercice de son recours administratif préalable obligatoire.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes, visées ci-dessus, de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

F. MERLET, 2311382

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