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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204234

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204234

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantWOLDANSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 avril et 15 novembre 2022, M. C A, M. D A et Mme B E, représentés par Me Woldanski, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 3 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) refusant de délivrer à M. D A et Mme E des visas de long séjour en qualité d'ascendants à charge d'un ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de leur faire délivrer les visas sollicités ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le motif tiré de ce que le lien de filiation des demandeurs de visa avec leur descendant français n'est pas rapporté et est entaché d'une erreur de fait ;

- le motif tiré de ce que les demandeurs de visa ne justifient pas être à la charge de leur fils français et que ce dernier ne serait pas en capacité de les prendre en charge est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les demandeurs de visa bénéficieront de conditions d'accueil et d'hébergement satisfaisantes ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le motif tiré de l'absence de preuve du lien de filiation entre les demandeurs et leur descendant est erronée mais que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés s'agissant des autres motifs initiaux du refus consulaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A et Mme E, ressortissants marocains, ont déposé une demande de visa de long séjour en qualité d'ascendants à charge d'un ressortissant français auprès de l'autorité consulaire française à Casablanca, laquelle a rejeté leurs demandes. Le recours formé contre ces refus consulaires devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 3 février 2022, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée aux décisions consulaires. Les requérants doivent donc être regardés comme demandant l'annulation de la seule décision du 3 février 2022.

2. La commission de recours a indiqué, dans l'accusé de réception adressé au conseil des intéressés, qu'en l'absence de réponse expresse à leur recours dans un délai de deux mois, ledit recours sera réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux des décisions contestées. La décision attaquée doit ainsi être regardée comme étant fondée sur les mêmes motifs que les décisions de l'autorité consulaire, à savoir l'absence de preuve du lien de filiation entre les demandeurs et leur descendant de nationalité française, l'absence de preuve de ce que les demandeurs sont à la charge de leur descendant, l'absence de capacité de ce dernier à les prendre en charge et le caractère non fiable ou incomplet des informations communiquées pour justifier des conditions du séjour.

3. En premier lieu, le ministre reconnaît dans son mémoire en défense que le premier motif de la décision attaquée est erroné. Les requérants, qui produisent la copie intégrale de l'acte de naissance de M. C A, faisant état de son lien de filiation avec les demandeurs de visa, sont ainsi fondés à soutenir que ce motif est entaché d'une erreur de fait.

4. En deuxième lieu, lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par une personne étrangère faisant état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français ou de son conjoint étranger, les autorités diplomatiques ou consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D A perçoit mensuellement une pension de vieillesse d'un montant de 3 770 dirhams. Il perçoit également une pension de la caisse interprofessionnelle marocaine de retraite d'un montant annuel de 22 154 dirhams soit environ 1 846 dirhams mensuels. Cela représente un montant mensuel total d'environ 5616 dirhams, soit 517 euros, correspondant approximativement à deux fois le montant du salaire minimum marocain. Les requérants ne démontrent pas, par la seule production d'articles relatifs au prix moyen d'un logement à Casablanca ainsi que de certains biens et denrées au Maroc, sans élément personnalisé relatif à la situation concrète des demandeurs, que ces sommes ne leur permettraient pas de subvenir décemment à leurs besoins de la vie courante. Dans ces conditions, quand bien même leur descendant français leur envoie régulièrement de l'argent depuis plusieurs années et dispose des capacités nécessaires pour prendre en charge les demandeurs de visa, la commission n'a pas entaché sa décision d'un erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur le motif tiré de ce que les intéressés n'établissent pas être à la charge de leur descendant.

6. En troisième lieu, le motif tiré de ce que " les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes ou ne sont pas fiables ", qui n'est assorti d'aucune précision et n'est pas repris par le ministre dans son mémoire en défense, n'est dans ces conditions pas de nature à fonder légalement la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée est fondée sur deux motifs illégaux et un motif légal. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif légal, tiré de ce que les demandeurs de visa n'établissent pas être à la charge de leur descendant français, eu égard aux ressources propres dont ils disposent.

8. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir que M. C A est proche de ses parents, qu'il les voit une fois par an et communique régulièrement avec eux, les requérants ne démontrent pas que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Les conclusions à fin d'annulation de la requête ne peuvent donc qu'être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A, M. D A et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, M. D A, Mme B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le rapporteur,

T. GUILLOTEAU

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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