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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204958

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204958

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantTAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Tamba, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France en République démocratique du Congo refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de son identité et de son lien matrimonial avec le regroupant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais (République démocratique du Congo), a déposé une demande de regroupement familial en faveur de sa conjointe alléguée, Mme B, née le 2 février 1969. Cette demande a été acceptée par une décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 15 novembre 2017. La demande de visa de long séjour déposée par l'intéressée en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial a été rejeté par une décision de l'ambassade de France en République démocratique du Congo du 26 octobre 2021. Le recours formé contre cette décision devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté en dernier lieu par une décision expresse du 9 mars 2022, dont la requérante doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents et actes d'état civil destinés à établir l'identité du demandeur de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.

3. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.

4. La décision attaquée est fondée sur les anomalies et incohérences que comportent les documents d'état civil présentés à l'appui de la demande de visa, leur ôtant toute valeur probante et ne permettant pas d'établir l'identité et le lien matrimonial allégué avec M. C.

5. D'une part, pour établir son identité, Mme B a produit à l'appui de sa demande de visa un jugement supplétif d'acte de naissance rendu le 24 février 2015 par le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe sous le n°33.277, ainsi que l'acte de naissance établi suivant transcription de ce jugement. Ces documents font état de la naissance de l'intéressée le 2 février 1969. La circonstance que l'acte de naissance a été dressé avant l'expiration du délai d'appel de trente jours n'est pas par elle-même de nature à établir le caractère frauduleux du jugement. Par ailleurs, les anomalies concernant les dates d'établissement du certificat de non appel et de l'acte de naissance transcrivant le jugement supplétif n°33.277 ne permettent pas de conclure au caractère frauduleux dudit jugement, lequel permet ainsi d'établir l'identité de la demandeuse de visa. D'autre part, pour établir son lien matrimonial avec M. C, la requérante produit un acte de mariage n°241 Volume I/2015 Folio CCXXXXI, faisant état de leur union le 22 août 2015 devant l'officier d'état civil de la commune de Kintambo, ainsi qu'une ordonnance de rectification d'erreurs matérielles commises dans cet acte, rendue par le tribunal de paix de Kinshasa/Ngaliema. Faute de toute précision, tant dans la décision attaquée que dans le mémoire en défense, sur les anomalies et incohérences que comporterait cet acte de mariage, celui-ci est de nature à établir la réalité du lien matrimonial entre les intéressés. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 9 mars 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.

Le rapporteur,

T. GUILLOTEAU

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. LE DUFF La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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