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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205297

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205297

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAH-THION DIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2022, M. C B, représenté par Me Ah-Thion Diard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, et l'a obligé à se présenter tous les lundis aux services de la police aux frontières, commissariat central de police de Nantes, entre 8 heures et 9 heures du matin ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elles ont été signées par une autorité compétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence pour une durée de six mois et l'astreignant à se présenter aux services de la police aux frontières une fois par semaine :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi la prive de base légale ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Degommier.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien se disant né en 1999, déclare être entré en France à la fin de l'année 2020. Par un arrêté du 26 mars 2021, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, à laquelle il n'a pas déféré. Par un arrêté du 24 avril 2022, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, et, par un arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, avec l'obligation de se présenter aux services de la police aux frontières une fois par semaine. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur le moyen commun :

2. Les arrêtés attaqués ont été signés par M. D A, sous-préfet directeur de cabinet du préfet de la région des pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 2 septembre 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, lui a donné délégation à l'effet de signer, pendant les jours non ouvrables durant lesquels il est amené à assurer la permanence préfectorale, comme en l'espèce, notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français assortie ou non d'une décision portant sur le délai de départ volontaire et d'une décision d'interdiction de retour, les décisions fixant le pays de renvoi et les arrêtés portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des deux arrêtés attaqués manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 611-1 1°, L. 612-1 et L.721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que le requérant est de nationalité algérienne, qu'il réside en situation irrégulière sur le territoire français, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur ce territoire, qu'il déclare être célibataire et sans enfant et n'établit pas détenir d'attaches personnelles anciennes, intenses et stables en France alors que sa grand-mère, sa mère et ses oncles résident en Algérie où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans. La décision attaquée mentionne également de manière détaillées les raisons pour lesquelles il est défavorablement connu des services de police. Il s'ensuit que la décision attaquée comporte l'énoncé des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire obligation au requérant de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Par suite le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire, n'a aucune tierce personne à charge et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. S'il soutient qu'il réside de manière continue sur le territoire français depuis deux ans à la date de la décision attaquée, que ses oncles et ses cousins résident régulièrement en France et qu'il est hébergé chez l'un d'entre eux, il ne l'établit pas. En outre, M. B a fait l'objet en 2021 d'une première mesure d'obligation de quitter le territoire français, édictée par le préfet du Rhône, à laquelle il n'a pas déféré. Il ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre son existence ailleurs qu'en France, notamment en Algérie, où il a vécu de manière habituelle pendant près de vingt-ans et où réside, à tout le moins, sa grand-mère et sa mère et ce, alors même qu'il entretiendrait une relation avec une ressortissante française. Par ailleurs, le requérant avait antérieurement déclaré répondre à plusieurs autres identités de ressortissants algériens nés en 2002, 2003 ou 2005, et ne conteste pas les faits de vol à l'étalage, vol aggravé par deux circonstances sans violence, dégradation ou détérioration du bien d'autrui commise en réunion, recel de bien provenant d'un vol, de port sans motif légitime d'arme blanche, de violence sur une personne chargée de mission de service public sans incapacité commis entre 2020 et 2022, ni la circonstance qu'il a été écroué par deux fois, en 2021, par le tribunal judiciaire de Lyon, pour des faits d'introduction dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvre, voie et fait et recel d'un bien provenant d'un vol, et vol aggravé par deux circonstances et association de malfaiteurs, faits énoncés par la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ces faits ne caractérisent pas une insertion particulière dans la société française, non plus que la méconnaissance par l'intéressé des règles relatives à l'entrée, au séjour et à l'éloignement des ressortissants étrangers. Dans ces conditions, en décidant d'une telle obligation, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris cette mesure de police. Il en résulte qu'il n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte fixation du pays de destination, constate que M. B est de nationalité algérienne, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y serait exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dans la mesure où il n'a pas formulé de demande d'admission au séjour au titre de l'asile et qu'il n'a produit aucun élément qui justifierait un risque en cas de retour dans son pays. Par suite, la décision fixant le pays de destination doit être regardée comme suffisamment motivée.

7. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.

Sur la légalité de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 612-1 à L. 612-3 et mentionne que M. B s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Elle précise que le risque que M. B se soustraie à son obligation de quitter le territoire est établi dans la mesure où ce dernier est entré irrégulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire et ne présente pas de garanties de représentation suffisante. La décision attaquée mentionnant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". L'article L. 612-2 de ce code dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En vertu de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. / () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire et ne présente pas de garanties de représentation suffisante. Il n'est justifié d'aucune circonstance particulière au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, c'est par une exacte application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Loire-Atlantique, qui n'a pas commis d'erreur sur la matérialité des faits, a estimé qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, que ce risque est établi et qu'en conséquence il n'y a pas lieu de lui accorder un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le seul 1° de l'article L. 612-3 précité. Il en résulte que le moyen tiré d'une inexacte application de l'article L. 612-3, et d'une " erreur de fait " au regard de ce texte est, en ses diverses branches et en tout état de cause, inopérant.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle se réfère aux motifs justifiant l'absence d'octroi d'un délai de départ volontaire, mentionne que M. B ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, énumère de manière détaillée les renseignements défavorables recueillis sur son comportement et mentionne les éléments relatifs à sa vie privée et familiale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée.

13. En troisième et dernier lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a pris en compte l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B. Par ailleurs, M. B ne justifie pas de considérations humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction de retour, compte tenu notamment du risque pour l'ordre public qu'il présente. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi invoqué doit être écarté comme non-fondé.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence pour une durée de six mois et obligation de se présenter aux services de la police aux frontières une fois par semaine :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence pour une durée de six mois, par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire. ". L'article L. 733-1 de ce code prévoit que : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

16. L'assignation à résidence, qui est une mesure alternative au placement en rétention dans des locaux administratifs ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, a pour but de permettre à l'administration de s'assurer de la personne obligée de quitter le territoire français, de vérifier qu'elle prend des dispositions en vue de son départ, de prévenir le risque de fuite, comme de permettre, le cas échéant, l'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. Mesure par nature restrictive de la liberté d'aller et de venir, cette restriction formant son objet même, les modalités contraignantes dont elle est assortie doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées aux objectifs ainsi poursuivis.

17. Il ressort de l'arrêté attaqué assignant l'intéressé à résidence que son auteur, qui a examiné la situation personnelle du requérant, y mentionne, de façon précise, les raisons de droit comme de fait constituant le fondement de cette décision. Il en résulte que cette dernière est régulièrement motivée et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lequel " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ", doit être écarté.

18. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ".

19. L'arrêté litigieux a été adopté en vue d'exécuter une obligation de quitter le territoire français exécutoire. En outre, il n'est pas établi que la durée de six mois de l'assignation à résidence de M. B, prise au regard du délai nécessaire à l'obtention d'un vol à destination de l'Algérie en raison de la crise liée à l'épidémie de Covid-19, c'est-à-dire au motif que l'intéressé ne pouvait pas regagner immédiatement son pays d'origine, présenterait un caractère disproportionné au regard des buts poursuivis. M. B n'apporte aucun élément de nature à caractériser l'absence de caractère raisonnable de la perspective d'éloignement ou la preuve qu'il peut quitter immédiatement le territoire français, et ce, alors que l'administration fait valoir qu'il est démuni de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Oona Ah-Thion Diard.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIERL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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