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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205466

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205466

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSIMEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, Mme D A, représentée par Me Simen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans l'un et l'autre cas dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante camerounaise née en 1972, déclare être entrée en France pour la dernière fois au cours du mois d'octobre 2009. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 31 décembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré, et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer toutes décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration auxquelles appartiennent les décisions portant refus de titre de séjour. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français pour la dernière fois au cours du mois d'octobre 2009, soit il y a près de douze ans à la date de la décision attaquée, et qu'elle a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiante entre 1992 et 2001. Si Mme A, célibataire et sans enfant, fait valoir que son frère, de nationalité française, et chez qui elle est hébergée, réside en France, et qu'elle a constitué un réseau amical en France, ces éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer qu'elle aurait tissé en France des liens suffisamment anciens, stables et intenses. En outre, la requérante ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et durable. Enfin, elle a fait l'objet de quatre mesures d'éloignement, édictées en 2004, 2008, 2010 et 2015, et n'a déféré qu'à la première d'entre elles. Dans ces conditions, et alors même qu'il ressort des pièces du dossier que sa mère est décédée, qu'elle n'entretient plus de rapport avec son père qui réside à l'étranger, et que sa sœur réside en Afrique du Sud, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que Mme A ne justifiait ni de motifs exceptionnels ni de considérations humanitaires, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En se bornant à faire valoir que la décision attaquée est entachée de multiples erreurs de fait, sans apporter davantage de précisions, la requérante ne permet pas au tribunal d'apprécier la consistance et la portée du moyen soulevé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et doit donc être écarté.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

Sur la légalité de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

9. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Martial Simen.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Beyls, conseillère,

M. Huet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

T. GIRAUD L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M. BEYLSLe greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ah

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