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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206355

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206355

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantRENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022 et des pièces complémentaires, enregistrées les 17 et 20 avril 2023, Mme C B A, représentée par Me Renaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros qui sera versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, ce qui traduit un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale;

- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco algérien et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des directives applicables de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée des mêmes défauts de légalité externe que la décision portant refus de séjour ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont entachées les décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire.

Par des mémoires, enregistrés le 15 février et 24 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2022.

La clôture de l'instruction est intervenue le 2 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Echasserieau, rapporteur,

- et les observations de Me Renaud représentant Mme B A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne, née le 2 juin 1991, est entrée en France en mai 2017 selon ses déclarations où elle s'est maintenue sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 21 avril 2022, le préfet a rejeté sa demande, prononcé à l'encontre de Mme B A une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le pays à destination duquel l'intéressée pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Par la présente requête, Mme B A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de délivrer un titre de séjour, vise les articles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, fait également état d'éléments concernant la biographie et le parcours de Mme B A depuis son arrivée en France ainsi que sa situation personnelle et familiale et mentionne que la situation de l'intéressée a été examinée au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, est suffisamment motivé en droit et en fait. Cette motivation établit que le préfet s'est livré à un examen de la situation particulière de la requérante.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ;(). ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Mme B A soutient que ses attaches familiales sont désormais fixées en France, pays où elle réside depuis près de cinq années et où sont scolarisés ses deux enfants mineurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B A est entrée irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenue sans solliciter sa régularisation jusqu'à la présente demande. Si la requérante produit des documents attestant qu'elle a exercé quelques heures d'activité dans une épicerie communautaire entre novembre 2020 et avril 2021, qu'elle s'est investie en tant que bénévole au sein de deux associations, qu'elle a suivi la formation pour obtenir son brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur et qu'elle a occupé des postes de femme de chambre de novembre 2021 à mai 2022, ces éléments ne suffisent pas à établir une intégration sociale et professionnelle aboutie. Si l'intéressée produit un avis à victime, daté du 15 mars 2022, qui tend à démontrer qu'elle a été victime de violences de la part de son époux, il ressort de l'attestation de l'association Citad'elles du 10 avril 2023 que l'intéressée a retiré sa plainte contre son époux en avril 2022. Par ailleurs, elle n'établit pas avoir engagé des démarches en vue de s'en séparer officiellement, alors que lui-même fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, dont le recours a été rejeté par jugement de ce tribunal du 6 octobre 2022, à destination de l'Algérie pays où Mme B A a elle-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. La circonstance que ses enfants, âgés de six et cinq ans à la date de la décision attaquée, sont scolarisés en France n'est pas davantage de nature à établir qu'elle aurait fixé le centre de ses attaches privées et familiales en France. Dans ces conditions, Mme B A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien non plus que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Si une décision portant refus de séjour prise à l'encontre d'un des parents est susceptible d'affecter de fait, la situation de l'enfant, cette circonstance ne suffit pas à établir une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, lequel réside dans la possibilité de demeurer auprès de ses parents. En l'espèce, la décision portant refus de séjour n'impliquant pas, en elle-même, d'éloigner Mme B A de ses enfants, dont la scolarisation pourra continuer en Algérie, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 précité de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur d'appréciation au regard de ces stipulations ne peuvent qu'être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Ces dispositions ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Eu égard à ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, il ne ressort pas du dossier que, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation, le préfet de la Loire-Atlantique, qui a examiné la situation personnelle de Mme B A, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne la faisant pas bénéficier d'une telle mesure de faveur. En outre, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 est relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme B A.

11. En deuxième lieu, il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour que Mme B A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, il résulte des points 5 à 9 du présent jugement que l'insuffisance d'intégration sociale et professionnelle de Mme B A au cours d'une période pendant laquelle l'intéressée a toujours séjourné en situation irrégulière, l'absence de conséquences sur la scolarisation de ses deux enfants âgées de six et cinq ans et le contexte de violences intra familiales subi récemment par la requérante mais dont les suites demeurent inconnues quant à la séparation effective d'avec son époux, ne permettent pas d'établir que le préfet a entaché sa décision obligeant Mme B A à quitter le territoire d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée et de ses enfants.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les articles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait également état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle de Mme B A, notamment du fait qu'elle est de nationalité algérienne et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables puisqu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 26 ans. En outre, la décision litigieuse précise que la requérante n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'elle risquerait d'y être exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Enfin, et en tout état de cause, cette décision n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée dont l'administration a connaissance et qu'elle a pris en considération, mais seulement ceux sur lesquels elle entend fonder sa décision. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme B A.

14. En second lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, Mme B A n'est pas fondée à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Renaud.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

B. ECHASSERIEAU

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière.

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