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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206497

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206497

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2022, M. B A, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Bamako du 14 février 2022 refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'enfant étranger d'un ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au consul général de France à Tananarive, à titre principal de délivrer le visa sollicité ou, à titre subsidiaire de réexaminer la demande de visa, et d'assortir cette injonction d'un délai de deux mois et d'une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au consul général de France à Bamako de délivrer le visa sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission est dépourvue de motivation et celle de l'autorité consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 5 décembre 2003, soutient être le fils de M. D F A, de nationalité française et vivant en France. Par sa requête, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Bamako du 14 février 2022 refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'enfant étranger d'un ressortissant français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

3. Faute pour le requérant de justifier de la présentation, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, d'une demande de communication des motifs de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de la commission doit être écarté.

4. Par ailleurs, la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'étant substituée, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la décision de l'autorité consulaire française, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision consulaire doit également être écarté.

5. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense que la commission doit être regardée comme ayant fondé sa décision implicite sur le motif tiré du caractère non établi du lien de filiation entre M. B A et M. D F A.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Le ministre joint à son mémoire en défense un document se présentant comme un " extrait conforme, daté du 24 décembre 2021, d'un jugement supplétif d'acte de naissance rendu le 31 décembre 2017 par le tribunal civil de la commune II du district de Bamako, portant le numéro 7780, déclarant que M. B A est né le 5 décembre 2003 à Bamako de l'union de M. D A et Mme E C, et ordonnant la transcription du dispositif sur " le registre de l'état civil de l'année en cours de Bamako pour tenir lieu à l'intéressé d'acte de naissance en marge du registre de l'état civil de la commune II pour l'année 2003 ". Le requérant joint à sa requête le volet n° 3 d'un acte de naissance portant le numéro 1759 Rg32SP, comportant des mentions biographiques semblables. L'acte est toutefois daté du 15 novembre 2021 et se réfère, dans la rubrique consacrée à l'identité du déclarant, la date et le lieu de la déclaration, à un jugement supplétif n° 7780 du 14 novembre 2017 du " tribunal de grande instance C II ". Le requérant ne produisant pas de copie du jugement supplétif d'acte de naissance intégral et la date du jugement n'étant pas identique sur " l'extrait conforme " et sur le volet n° 3 d'acte de naissance, la commission était bien fondée à écarter le caractère probant des documents d'état civil présentés par M. B A.

8. Par ailleurs, il ressort du formulaire de demande d'acquisition de la nationalité française complété par M. D F A le 9 mai 2016 qu'il a déclaré avoir trois enfants nés en 2010, 2012 et 2015, parmi lesquels M. B A ne figurait pas. En l'absence d'autres éléments au dossier susceptibles d'étayer l'existence d'un lien de filiation entre le requérant et M. D F A, un tel lien ne peut être tenu pour établi. Par suite, le requérant ne démontrant pas être le fils de la personne qu'il soutient vouloir rejoindre en France, le moyen de la requête tiré de l'atteinte disproportionnée portée par la décision litigieuse à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Enfin, la décision litigieuse étant née du silence gardé par la commission sur le recours présenté par M. A, le moyen de la requête tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de M. A.

Sur les conclusions accessoires :

11. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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