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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207283

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207283

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, M. B, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française ou, à défaut, de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il peut être procédé à une neutralisation du motif tiré de ce que M. A aurait fait l'objet d'une procédure pour conduite d'un véhicule sans permis le 11 avril 2014 ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 4 avril 2022, la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présenté par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Martel,

- et les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanaisné le 4 août 1979, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été ajournée à deux ans par une décision en date du 10 juin 2021 du préfet d'Ile-et-Vilaine. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a confirmé l'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation M. A par une décision du 17 novembre 2021, dont ce dernier demande l'annulation

2. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'" et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de fait propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences des articles 27 du code civil et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

4. Pour confirmer l'ajournement à deux ans de la demande d'acquisition de la nationalité française de M. A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé avait aidé au séjour irrégulier de sa conjointe depuis 2018, méconnaissant ainsi la législation relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, et de ce qu'il avait fait l'objet d'une composition pénale pour appels téléphoniques malveillants réitérés du 1er janvier 2011 au 6 avril 2012 ainsi que d'une procédure pour conduite d'un véhicule sans permis le 11 avril 2014.

5. D'une part, il est constant que l'épouse de M. A, qui est entrée en France en 2018 a déposé une demande d'asile le 11 avril 2018 qui a été rejetée par une décision du 19 août 2019. Si M. A fait valoir qu'elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en 2020, il ne conteste pas utilement que celle-ci était en situation irrégulière sur le sol français depuis le rejet de sa demande d'asile et jusqu'à ce que lui soit délivré un récépissé de demande de titre de séjour. Ainsi, dès lors que M. A ne pouvait ignorer que son épouse séjournait en France irrégulièrement, le ministre était fondé à retenir ces faits, non dénués de gravité et qui n'étaient pas excessivement anciens, dans son appréciation du comportement du postulant. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une composition pénale pour avoir, du 1er janvier 2011 au 6 avril 2012, passé des appels téléphoniques malveillants réitérés. En se contentant d'affirmer qu'il a toujours nié ces faits qui ont fait l'objet d'une alternative aux poursuites, M. A n'en conteste pas utilement la matérialité. Ces derniers faits n'étaient ni excessivement anciens à la date de la décision attaquée, ni dépourvus de gravité, pour apprécier le comportement de l'intéressé. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, décider de confirmer l'ajournement à deux ans de la demande de M. A pour ces motifs sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il ressort des pièces du dossier que le ministre aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ces seuls motifs, sans retenir le motif tiré de ce que l'intéressé aurait fait l'objet d'une procédure pour conduite d'un véhicule sans permis.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La rapporteure,

C. MARTELLe président,

C. CANTIE

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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